Le dictionnaire des visages
Jupiter — la famille des sanguins
PRÉSENTATION DU SANGUIN Jupiter est un non-Émotif, Actif et Primaire, un Sanguin, cet être « nature» et puissant déjà décrit. La conjonction de l'Activité et de la non-Émotivité confère une très grande stabilité aux individus « somatiques» que sont les Dilatés Sthéniques comme Jupiter et Terre. Elle renforce leur aptitude à percevoir de façon très objective, « dépassionnée», les choses et les gens qui les entourent, ce qui tient à la fois d'une propriété cérébrale et affective, percevoir l'objet comme extérieur à soi, comme « étranger» mais, du même coup, plus familier, plus accessible parce que « neutre» sur le plan émotionnel, et de la propriété fondamentale, ou « tendance», d'Extraversion. Cette « sérénité» que le Sanguin affiche devant le monde sensible lui laisse le libre usage de ses réserves de vitalité, tout à fait considérables, on l'a vu. Sur un autre plan, en comparant le groupement non-Émotif-Primaire de Jupiter au groupement Émotif-Primaire de Mars, on remarque que le premier est affranchi de tous les aspects frustrants de l'affectivité, qui « dépouillaient» de sa placidité la conduite du second. La Primarité du Dilaté Sthénique est sans rapport avec celle, toute « hérissée», du Rétracté Sthénique. La conduite de Jupiter n'a rien du coq acariâtre, même si ses airs bravaches peuvent y faire penser. D'ailleurs, l'Activité ajoute au groupement une note psychologique supplémentaire, celle d'un certain courage « physique», que les uns attribuent à l'« inconscience» du Primaire, d'autres à l'« insensibilité» du non-Émotif, d'autres encore à cette évaluation « sommaire» du risque qui semble le propre des Somatiques et des non-Cérébraux. Mais il suffit de se mettre « dans la peau» d'un Sanguin pour trancher le débat: l'action physique ne lui coûte pas, car il est Sthénique; comme tout être peu émotif, il ignore la peur et l'angoisse, autant que bien des troubles affectifs; la faible émotivité abaisse du reste nettement le seuil de la douleur; et comme tout Extraverti Primaire, ses réactions sont rapides, voire instantanées, et peu coûteuses, puisqu'elles ne laissent pas de séquelles sur le « vécu», c'est-à-dire l'ensemble des apprentissages qui constituent ce qu'on nomme l'« acquis», par opposition aux propriétés natives, héréditaires si l'on veut, du caractère. Une compensation partielle, de non-Activité, rapprochera le Sanguin Jupiter de l'Amorphe Lune. Voilà toute la différence entre l'adaptation Asthénique, passive, et l'adaptation Sthénique, dynamique, de deux Dilatés, qui s'accordent chez Jupiter-Lune dans une même personnalité. La compensation de Secondarité, pour le type Terre, apportera méthode et organisation à cet adepte inconditionnel de l'improvisation qu'est Jupiter, qui préfère les « recettes» aux « finasseries de l'analyse». La compensation d'Émotivité, avec Mars, fera du courageux Jupiter un Jupiter-Mars téméraire, à ses risques et périls. Les trompe-la-mort méritent toute notre estime! On comprend bien que le Dilaté Sthénique soit souvent impassible et quelque peu « risque-tout». Jupiter accorde sa préférence au flair et à l'intuition pour guider sa conduite. Curieusement, l'union avec un autre Dilaté, Vénus, accentuera ce trait du comportement tout en « déstructurant» sa personnalité de conciliateur. L'inversion du groupement Émotivité-Activité, qui sensibilise au risque, supprime en effet cet étonnant goût pour le jeu qui marque la sociabilité de Jupiter. La même inversion d'Émo-Activité, avec le Rétracté Cérébral Inhibé Mercure, altérera encore cette sociabilité, tout comme le brillant dilettantisme de Mercure nuira sans doute au pragmatisme positif de Jupiter, le praticien. À l'opposé de ces deux compensations « croisées», toutes inhibantes, celle de Soleil, par l'apport d'émotions créatrices et de profondeur Secondaire, se révélera parfaitement dynamisante pour Jupiter-Soleil, qui retiendra notre attention. Il en va de même de cette conciliation de l'inconciliable, la sociabilité de Jupiter et l'individualisme de Saturne, l'Extraversion du premier et l'Introversion du second, par le type Jupiter-Saturne. C'est là une compensation à considérer comme générique de la théorie jungienne, et que l'on rencontrera fréquemment dans l'expérience courante. Compensation partielle Gagné par les appels matérialistes de l'instinctivité: le type JUPITER-TERRE ou l'image du « grand entrepreneur d'antan» La compensation de Secondarité chez Jupiter accomplit une sorte de miracle: elle l'attache à des centres d'intérêt à la fois plus matérialistes et moins dispersés. S'il est une aventure hasardeuse, c'est bien celle de vouloir faire d'un joueur un Secondaire: cela restreint considérablement le champ de ses stratégies disponibles. Et voici donc ce qu'apporte le méthodique Terre, l'ordonné, le persévérant, le spécialiste, au volage Jupiter, le dispersé, l'improvisateur, le généraliste, dans le groupement Jupiter-Terre. L'esprit concret du Sanguin, sa mobilité physique et intellectuelle, sa disponibilité vont, il est vrai, préparer le terrain. Il y édifiera, avec le concours de Terre, une œuvre d'un réalisme, d'une efficacité et d'une pérennité exemplaires. Compensation partielle Gagné par les émois non contrôlés: le type JUPITER-MARS ou l'image d'un chef charismatique L'« autorité naturelle» de ces individus, qui assurent spontanément la direction d'un groupe, qui prennent en charge ses destinées, alors qu'aucun éclat particulier, aucune aura prestigieuse n'éclaire leur comportement (comme c'était le cas du type Soleil, le stratège, enthousiaste et brillant zélateur de la foi créatrice), et qu'aucun pouvoir formel ne vient même soutenir ce rôle, pourtant souvent contesté par ailleurs, tant dans les milieux de travail que dans les milieux culturels en général, cette autorité naturelle, cet ascendant « charismatique», est un prodigieux phénomène social, qu'il est toujours intéressant d'observer, et rien moins que déroutant de prime abord. Le respect que peuvent inspirer ces « fort-en-gueule», la tolérance dont font preuve les « ouailles» envers cette agressivité particulièrement contraignante, parce que corporelle, seraient volontiers mis sur le compte d'on ne sait quelle force occulte et surhumaine dont ces êtres seraient dotés, si l'analyse du type ne rattachait plus simplement la logique de cet ascendant à la simultanéité de deux traits conjoints de la personnalité: la sociabilité fondamentale de l'individu Jupiter jointe au trop-plein d'énergie émotionnelle du guerrier pugnace qu'est Mars. Si Jupiter est une « force tranquille», Jupiter-Mars possède, lui, une vigueur, une sève toute juvénile et proprement explosive. Le premier a perdu en jovialité ce que le second consacre à son besoin viscéral d'affirmation de soi. Mais l'un et l'autre sont et demeurent des impulsifs, des êtres de flair, un peu superficiels, qui réagissent vigoureusement à l'événement inattendu et gênant, le premier en adroit opportuniste, le second en violent contradicteur. De la colère « rouge» et bien emphatique du comédien Jupiter à la tempête non maîtrisée, et perçue en général comme telle par l'entourage, de Mars, on trouve là toutes les gradations, toutes les nuances d'un dispositif efficace de résolution de conflits relationnels. De la première, le milieu se dira « qu'elle lui passera bien vite», et de la seconde, il se dira que « notre homme n'y peut rien». Mais, de l'une comme de l'autre, personne n'imaginera qu'il soit possible d'endiguer le flot, et toutes deux inspireront le respect et, d'une certaine façon, la « résignation positive», volontaire, et consentante pour le moins. De ce chef qui « oublie vite», peu rancunier par nature, qui ne « pinaille», n'ergote ni ne chicane trop, pour qui « la vie est trop courte, et trop pleine, pour chipoter», de ce chef qui se borne à s'affirmer « en surface» plutôt que de justifier son pouvoir, chacun conviendra que son énergie protège le groupe, que son conservatisme natif en assure la pérennité, et que ses élans de saine cordialité soudent une équipe où la bonne humeur cimente les relations et rehausse la qualité du travail. En outre, c'est un chef qui allie deux qualités inestimables, sociologiquement parlant: puissant, il ne se prend pas trop « au sérieux». Morphologiquement, l'appartenance au groupe Jupiter-Mars saute en général aux yeux. Sur le bâti large et carré du visage de Jupiter, fait de Sthénie et d'équilibre, d'adaptation innée, Mars ajoute son désordre habituel, faisant saillir les pommettes et redresser les sourcils et les yeux, imprimant sa marque particulière d'incurvation du nez et de mobilité des narines, ainsi que de pincement des lèvres. Le front est plus bas, plus fuyant, incliné d'une forte pente. L'expression du regard est moins ouverte, moins accueillante, moins paisible et sereine. L'obliquité des oreilles résulte de la saillie du museau, qui s'amorce. Cependant, la solidité de la physionomie de Jupiter, qui sert de canevas général à ce visage, fait obstacle à toute accentuation excessive du phénomène. Compensation partielle Quand l'activité n'est plus une ressource permanente: le type JUPITER-LUNE ou la sociabilité rieuse d'un Sanguin Végétatif L'assemblage Jupiter-Lune est exemplaire d'adaptation plastique, expansive. La compensation d'Asthénie modèle un être bonasse, vraiment très facile à vivre. On ne peut rêver complice plus joyeux que ce personnage, dont l'imagination débridée s'emploie à inventer des farces pendables et des jeux de mots d'une drôlerie irrésistible et jamais méchante. Il se rallie à tout ce qui est peu profond, fait confiance à tout ce qui est simple, s'ouvre à tout ce qui peut confirmer son optimisme « béat». Morphologiquement, le front s'élève en ogive, les yeux s'arrondissent et s'entourent de cernes, dus au revêtement graisseux sous la peau, le nez se raccourcit et s'épate, la bouche s'empâte et s'entrouvre, le menton s'épaissit et s'avachit. Compensation croisée, inhibante Gagné par l'abstraction et l'amateurisme: le type JUPITER-MERCURE ou le « mondain» brillant et conquérant Les compensations sont multiples et contrastées, chez cet aristocrate. Il y a d'abord le croisement d'Émotivité et de non-Activité, comme pour Vénus, qui, en théorie, ne change pas l'exubérance incontrôlée et Primaire de Jupiter sur le plan du comportement, mais en modifie la nature: Mercure n'a pas la « confiance en sa belle étoile» d'un Dilaté. Un Cérébral Rétracté est tenu de prendre ses distances. La pétulance, la vivacité, les débordements relèvent ici davantage d'un intellectuel que d'un somatique. La sensorialité se porte vers des pôles d'intérêt plus élevés, plus raffinés, qu'il s'agisse des Beaux-Arts ou des arts de la table, élevés au rang d'excellence. Compensation croisée, inhibante De l'eau dans son vin: le type JUPITER-VÉNUS quand le chef devient permissif ou la « démocratie du laisser-faire» Les inhibitions sensorielles d'un Jupiter-Mercure sont parfaitement étrangères à Jupiter-Vénus. La sensualité d'un Affectif Dilaté Primaire qu'est Vénus n'a rien de la froideur ni de la réserve. Le comportement social de Jupiter est fortement marqué par les apports de Vénus. Nous l'avons dit, de conciliateur qu'il était, il devient désormais conciliant, plus passif, plus « compréhensif», jusqu'à la totale permissivité, mais pas jusqu'à l'indifférence. Des élans de tendresse jalonnent ses colères. La rondeur va de pair avec la brutalité. L'expansivité du sujet devient plus « doucement» communicative, plus chaleureuse. Un conseil: ne confiez pas un secret à Jupiter-Vénus, il en ferait vite une « rumeur» publique! La rondeur et l'ouverture gagnent aussi la morphologie, qui s'enrobe, s'attendrit, s'arrondit. Compensation croisée, dynamisante Maîtrise de soi et sensibilité: le type JUPITER-SOLEIL un redoutable négociateur, seul contre tous Jupiter était un « fonceur», et Soleil un passionné: Jupiter-Soleil sera un réalisateur, à n'en pas douter. Jupiter possédait, par son physique et son comportement, sa « stature», un ascendant indéniable sur son entourage; Soleil, pour sa part, un rayonnement naturel tout aussi certain: Jupiter-Soleil sera un chef incontestable, incontesté. Jupiter, c'était la « débrouillardise» spontanée, d'instinct et de flair; Soleil, cette créativité enthousiaste, entretenue avec fougue, et mise au service de toute solution constructive: Jupiter-Soleil sera cet homme heureux, ce « gagneur», qui emporte les convictions, les décisions et les suffrages, cet homme un peu providentiel pour qui aucun conflit n'est sans remède, pour qui toute négociation est l'occasion, trop rare, d'analyser et d'inventer, de rapprocher les choses et les êtres, de concilier les intérêts les plus divergents, voire les plus antinomiques. Que la Primarité de Jupiter prenne en défaut ses velléités de persévérance, et aussitôt la Secondarité de Soleil, le « feu continu» de l'action construite, stratégique, prend le relais. Certes, l'action sera alors moins instinctive, moins impulsive, mais plus mesurée, plus « calculée». Que sa sensibilité défaillante surprenne Jupiter dans son manque de subtilité, et, pour tout dire, que son comportement habituel de « malotru» fasse de lui l'homme bourru et violent, trop « efficace», trop pesant et rustique que nous avons connu, et voilà que la finesse, la délicatesse de Soleil, son charme redressent l'image, l'affinent, la polissent et la civilisent, l'humanisent, en somme. Mais il faut admettre que Jupiter y perd sa belle assurance, cette invulnérabilité qui était son sublime apanage: le voici contraint de composer avec les facteurs affectifs qu'il ignorait royalement jusqu'ici. Aussi perd-il un peu de sa jovialité primesautière. Il suffit de constater les effets désastreux de ses nouvelles colères pour s'en convaincre: moins soudaines et violentes qu'avant, mais combien plus meurtrières et cinglantes pour les « victimes» et pour l'entourage immédiat, rangé pour l'occasion « dans le même paquet» (au diable l'avarice…), combien plus épuisantes aussi, plus tenaces et angoissantes pour lui-même. Voici que surgissent des rancunes jusqu'alors inexistantes, voici que se forment les calculs de la vengeance et les tourments de l'inquiétude: il découvre les troubles de l'Émotivité, à ses dépens, bien entendu, mais aussi au détriment des autres, qui n'y peuvent mais… Ainsi donc, curieusement, les apports de Soleil aboutissent dans le cas présent à une inhibition de la sociabilité. Nous en dirons autant du « cas» Jupiter-Saturne, mais celui-ci se conçoit plus aisément. Mis en difficulté, Jupiter-Soleil se comportera, on le verra, comme la bête traquée, pitoyable et redoutable à la fois, dont les ruades désespérées ne traduisent guère qu'une cruelle déficience. Conclure à la défaite reviendrait à méconnaître les ressources d'adaptabilité de cette machine bien rodée et bien huilée qu'est Jupiter, et à mal mesurer les apports fécondants de la largeur, de l'habileté intellectuelle, des facultés de synthèse du Passionné, jointes à l'objectivité native et au don naturel d'observation du Sanguin. Car le tout forme un être foncièrement brillant, à l'occasion fort cultivé, et qui saura bien, le plus souvent, éviter les écueils des situations déprimantes où lui manquerait la stabilité, bien précaire chez Jupiter-Soleil. Morphologiquement, le cadre du visage appartient à Jupiter: large, carré, ferme. Mais un Jupiter Cérébral, au front évasé, marqué en outre de reliefs accusés, creux et bosses bien visibles tant au sommet du crâne qu'aux arcades sourcilières. Des yeux plus mobiles, plus écartés, des paupières moins lourdes, des narines plus fines et frémissantes, des lèvres moins charnues et plus remuantes, un menton moins massif, mais au relief ferme et au dessin raffiné. Une expression généralement plus inquiète, et moins moqueuse, anime souvent les traits. Une expression un peu plus réservée. De temps à autre, une moue de dégoût, lèvres en avant, trahit le désappointement, voire le découragement. Le corps est plus svelte, plus raffiné, plus musclé, même si domine encore l'allure massive et pesante du lutteur « en force». Le modelé du visage, enfin, se compose de méplats vigoureux, énergiques, mais vivement animés par la grande mobilité des jeux de physionomie, qui vient de Soleil, et qui remplace avantageusement, ici, la gesticulation excessive de Jupiter.
Les planches

nE. A. P., la formule caractérielle du Sanguin: paisible, pondéré, somatique, réactif.

Jupiter: le profil un peu convexe, typique du Dilaté équilibré

Un Flegmatique enjoué, fort « volontaire».

Un exemple assez convaincant de Colérique Extraverti, très proche du type Somatotonique de Sheldon.

Le Sanguin-Amorphe, le sociable imaginatif, le bon vivant végétatif: le plaisir de vivre en société.

Une combinaison de Sanguin et de Nerveux Introverti, qui produit un Colérique (E. A. P.) chez un adolescent offrant peu de prise à l'entourage.

Le résultat tient d'un Nerveux aux chairs peu rénitentes et au comportement souvent impavide dans les conflits relationnels.

L'Émotivité dominante du Nerveux et l'Activité dominante du Sanguin, unies à la Primarité, produisent, comme plus haut, une Colérique. Le cas est très fréquent dans ce type féminin.

La passion maîtrisée de la maturité (précoce).

Cérébralité, Instinctivité et Extraversion sont ici les données majeures du comportement, très « sage»: les réponses aux stimuli sont pondérées, réfléchies, gouvernées par le bon sens.

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