Le livre de la main
Le Trépied
Le trépied s'organise autour de trois zones principales : la paume, le pouce et les doigts.
La paume
La paume occupe le dedans de la main, entre le poignet et le pouce. Source et réceptacle du monde pulsionnel, elle abrite les instincts du « je le veux, j'en ai envie ». Elle communique avec notre monde intérieur.
Le pouce
Le pouce est le plus volumineux des doigts et ne montre que deux phalanges apparentes. C'est lui qui structure les pulsions du monde intérieur : par son intermédiaire, ces pulsions se mesurent aux réalités extérieures. Arbitre puissant entre nos désirs non canalisés et leur expression, il autorise ou interdit, il freine et filtre, ou se laisse féconder par les messages du monde intérieur. Il rend possible l'adaptation de chacun au milieu qui l'entoure.
Les doigts
Les doigts sont les extrémités mobiles de la main. Ils donnent à voir l'expression du monde pulsionnel une fois structurée par le pouce. Véritables négociateurs, ils agissent sur tout ce qui relève du conscient et sont engagés dans la réalité. Ce sont eux qui traitent les informations venues à la fois du monde intérieur et du monde extérieur, et c'est par eux que nous aborderons les comportements tournés vers l'extérieur.
Les correspondances freudiennes
LE ÇA est le « vaste réservoir de l'énergie des pulsions », là où logent les pulsions innées et refoulées qui cherchent à s'accomplir. Un principe de plaisir et de déplaisir y règne.
LE SUR-MOI joue le rôle d'un juge, d'un arbitre autoritaire qui censure ou permet la vie des pulsions.
LE MOI est la seule instance de l'appareil à être consciente. Il compose avec les exigences du ça, du moi et du sur-moi comme avec les contraintes de la réalité. Le moi est « tenu de servir trois maîtres en même temps ».
Équilibre du trépied
Chacun de ces éléments pèse dans la construction de la personnalité. Puisque les flux passent d'autant mieux que la zone est dilatée, on en déduit que plus une zone gagne en volume, en grandeur et en épaisseur de chairs, plus elle facilite les échanges et plus elle prendra le pas dans l'élaboration de la personnalité.
Ces échanges s'opèrent à trois niveaux : Conscient : observable et reconnaissable dans notre rapport à la réalité. Inconscient : par nature ignoré de nous-même, mais agissant à notre insu. Archaïque : profond, encore à déchiffrer.
Selon le rapport des volumes entre les éléments du trépied, on distingue ainsi sept grandes familles morphologiques, purement théoriques et volontairement caricaturales, qui rendent l'analyse plus commode. Engageons à présent le dialogue et essayons, pour chacun des cas envisagés, de répondre aux questions suivantes : Comment se comporte-t-il ? Comment est-il perçu par les autres ? Comment perçoit-il les autres ? Que se passe-t-il au fond de lui ?
Paume majoritaire
À l'observation, c'est la paume qui l'emporte. Le monde pulsionnel domine ici. Le sujet est impulsif, très près de ses désirs, épris de mouvement et de changement, doté d'un vrai sens de l'initiative. On le voit comme une personnalité expansive, entreprenante et dynamique, en quête de l'approbation d'autrui. De son côté, il juge les autres trop statiques et peu aptes à comprendre ce qu'il porte au plus profond. Faute de la structuration qu'apporte le pouce, il reste en recherche permanente d'identité. Une multitude de besoins à combler l'habite, ce qui le rend anxieux.
Pouce majoritaire
À l'observation, le pouce prime et domine les deux autres zones. Le monde de la structuration est ici favorisé. L'être est directif et règle sa conduite sur des lois très précises. Il apprécie l'ordre et la discipline, et reste attaché aux valeurs. On le perçoit comme ferme, autoritaire, fiable, normatif. Il éprouve le besoin de façonner et d'imposer ses lois, et ne tolère pas la différence. Enfermé dans ses systèmes, ce pouce fait office de censeur aux exigences fortes, qui engendre des tensions qu'il apaise par la rigidité.
Doigts majoritaires
À l'observation, les doigts s'élancent dans l'espace et dominent. Le monde relationnel prime ici. L'être se sent à l'aise en société et négocie sans peine avec l'extérieur. Homme de communication, il se soucie davantage de la vie des autres que de la sienne.
On le voit comme quelqu'un de solide, sûr de lui, sur qui l'on peut compter, capable de jongler avec les sollicitations du dehors. Toujours affairé, il trouve les autres trop hésitants, trop peu engagés, repliés sur leur vie : il a envie de les secouer.
Peu conscient de son ressentir, il en souffre et cherche dans l'émotionnel d'autrui un moyen d'exister.
Paume minoritaire
La masse centrale de la main semble rétrécie. Les pulsions sont faibles et fortement bridées par le pouce, et la vie intérieure passe un peu au second plan. L'être est calme, peu émotif, s'apprécie mal et fuit les conflits.
On lui reconnaît le sens du service et une belle capacité d'adaptation ; il se rallie volontiers à l'avis du dernier interlocuteur. Les émotions d'autrui l'effraient, comme l'effraie tout univers inconnu.
Il s'accommode mal du mouvement.
Souvent en manque de sécurité, il ne perçoit pas le mouvement intérieur qui l'anime, car celui-ci reste faible. Le souci de paraître l'emporte chez lui sur celui d'être.
Pouce minoritaire
À l'observation, le pouce reste modeste face aux autres zones. Le monde des structurations n'est pas favorisé.
Le sujet manque de suite dans les idées et emprunte pour un temps des conduites puisées au-dehors. Fantaisiste et tolérant, il passe pourtant pour peu fiable. On apprécie son art d'affronter les situations nouvelles.
À ses yeux, les autres manquent d'audace.
Il ressent l'inconfort que lui vaut son instabilité et redoute de se montrer sous ces traits changeants.
Doigts minoritaires
À l'observation, les doigts paraissent peu consistants au regard des autres zones. La vie relationnelle n'est pas privilégiée.
Le sujet se suffit à lui-même et accorde peu de place à ce qui se passe autour de lui. Plutôt casanier, il se montre néanmoins acharné dans ses actions limitées et ponctuelles.
On le voit toujours en retrait, attentif, discret, menant une vie de solitaire. Très sensible au regard des autres, il provoque des situations contradictoires pour capter l'attention et tenter de se maîtriser.
Trépied équilibré
À l'observation, c'est l'harmonie des trois zones qui retient le regard.
Le sujet est régulier, tranquille, pondéré dans ses actes comme dans sa pensée. Il se suffit à lui-même et s'engage avec mesure dans toutes les situations.
On le perçoit d'humeur constamment égale, menant correctement les divers pans de sa vie. Il donne de bons conseils, mais ne s'engage pas aisément.
Très accordé à lui-même et aux autres, il connaît peu de besoins contradictoires ; l'absence de ces turbulences le rend même un peu statique.
C'est de nos contrastes et de nos imperfections que naissent notre richesse et notre élan vital.
Les personnages que nous avons esquissés ne sont que des caricatures ; il faut cependant garder à l'esprit qu'au-delà des différences existent des familles regroupant des comportements voisins, et qu'un repérage immédiat peut ouvrir sur une bonne compréhension d'ensemble du sujet.
Bien reconnaître le trépied prépare une analyse solide et permet d'apprécier d'un seul coup d'œil la sensibilité du sujet, sa manière de percevoir la réalité, ses besoins relationnels et son moteur.
Tableau récapitulatif
Paume majoritaire : paume > pouce = doigts Pouce majoritaire : pouce > paume = doigts Doigts majoritaires : doigts > paume = pouce Paume minoritaire : pouce = doigts > paume Pouce minoritaire : paume = doigts > pouce Doigts minoritaires : paume = pouce > doigts Trépied équilibré : paume = pouce = doigts
Les planches

présente les trois zones du trépied avec leurs équivalents freudiens - Doigts = Moi, Paume = Ça, Pouce = Sur-moi.

type morphologique où la paume l'emporte - monde pulsionnel dominant : sujet impulsif, proche de ses désirs, expansif, sans cesse en quête d'identité (voir paragraphe « Paume majoritaire »).

type morphologique où le pouce domine les deux autres zones - monde de la structuration favorisé : être directif, ordonné, autoritaire, rigide (voir paragraphe « Pouce majoritaire »).

type morphologique où les doigts dominent - monde relationnel privilégié : être sociable, communicant, tourné vers la vie des autres (voir paragraphe « Doigts majoritaires »).

la masse centrale de la main paraît rétrécie - pulsions faibles, fortement bridées par le pouce, vie intérieure reléguée au second plan (voir section « Paume minoritaire »)

le pouce reste modeste face aux autres zones - monde des structurations non favorisé (voir section « Pouce minoritaire »)

les doigts paraissent peu consistants au regard des autres zones - la vie relationnelle n'est pas privilégiée (voir section « Doigts minoritaires »)