Le dictionnaire des visages
La clef de lecture du visage
UNE PRATIQUE, PLUS QU'UNE SCIENCE A l'instar de la médecine et de la physiologie qui lui ont fourni ses différents fondements, l'interprétation psychologique de la morphologie et des traits du visage est d'abord question de méthode. Reconstituer le puzzle que constitue l'ensemble de ces traits et volumes est un « art» ou une « pratique». Les différentes « filières scientifiques» empruntées depuis plus de soixante-dix ans par les chercheurs de tous les pays occidentaux, ici l'embryologie, là l'endocrinologie, là encore la psychiatrie, et tant d'autres hypothèses, ont toutes conduit à l'établissement de relations constantes et tangibles entre la forme et le psychisme. Elles ont toutes débouché sur des typologies particulières, utilisant leurs jargons spécifiques, mais convergeant toutes vers les mêmes conclusions, vers la même unité dans la diversité de l'être psychique. Elles ont d'ailleurs confirmé et enrichi la bonne vieille intuition originelle, qui ne se fondait que sur l'observation « toute bête» de nos « semblables» (et pourtant si « différents» les uns des autres). Elles l'ont enrichi par la prise en compte du vaste et primordial domaine psychique qu'est l'inconscient, mais aussi par celle de la génétique, de la pathologie, de la biologie en général. Elles ont démontré, entre autres, la part prépondérante de l'« acquis» sur l'« inné» dans le développement de l'être, ce qui, l'on s'en souvient, a profondément choqué les psychologues des années quarante, qui ont tenu pour suspecte une telle hypothèse. Il ne fait pas de doute que cet à priori a été à l'origine de la désaffection, chez nous, de cette « nouvelle» approche. Mais lorsque vient le moment, pour un médecin ou pour un psychologue, d'appliquer concrètement l'immense bagage de connaissances dont il s'est nanti à l'université, force lui est de reconnaître que, dans ce dédale de données — ô combien contradictoires, parfois — qu'il peut observer, le raisonnement rigoureux d'une science abstraite n'est plus guère d'un grand secours pour conclure. On pleure de chagrin, mais on pleure aussi de rire trop fort. On transpire de chaleur, mais on transpire aussi d'émotion, ou de timidité. Cette même timidité fait bégayer, perdre la mémoire, trembler, autant de phénomènes physiologiques apparemment indé- pendants les uns des autres. On peut ainsi multiplier les exemples du caractère non univoque des relations entre psychologie, physiologie, et, bien entendu, morphologie. Que peut donc signifier, pour un médecin, une montée de température? « Docteur, mon fils a de la fièvre, que faut-il faire?» demande ce père affolé au téléphone. « C'est à voir», pense le médecin, qui, pourtant, ne dit mot. Ignorantus, Ignoranta, Ignorantum! Mais le spécialiste le plus expert, l'ordinateur le plus puissant ne sauraient pas répondre non plus. Le praticien doit prendre en compte une totalité et non les symptômes partiels qui constituent l'étiologie d'une maladie. Le psychologue procède de même: un « dépistage» qui doit conduire à une conclusion synthétique, de telle manière qu'une décision réaliste puisse être prise, mais avec tous les risques d'erreur et notamment de subjectivité que ce dépistage induit. Que les médecins ou les psychologues qui ne se sont jamais trompés m'écrivent tous, et le sac du facteur sera léger, ce jour-là. Mais si je décidais de ne plus consulter mon médecin sous prétexte qu'il s'est quelquefois trompé, personne ne donnerait plus cher de mes vieux os, et à juste titre! L'objectivité, en matière de pratique psychologique, à supposer qu'elle existe, s'atteint au prix d'une méthode d'observation extrêmement rigoureuse, d'une part, de l'utilisation d'un langage simple et universel, d'autre part, et, enfin, de la prise en compte des seuls traits dont l'expérience a prouvé une corrélation suffisante avec le fait de caractère ou de personnalité. Tel est l'objet de cette quatrième partie du dictionnaire des visages. Le lecteur voudra bien nous en excuser l'inévitable redondance, dont la seule utilité est celle d'ordonner les faits. LE CADRE DU VISAGE ET LES COMPOSANTES INCONSCIENTES DU CARACTÈRE Dilatation et rétraction générale du « cadre» du visage (qui va du sommet du crâne à la pointe du menton, et d'une oreille à l'autre) définissent la tendance inconsciente à l'Extraversion et à l'Introversion de l'individu. Nous avons vu, avec les types mixtes, que l'on pouvait être, aussi, par compensation inconsciente, un Dilaté tendant vers la rétraction, ou encore un Rétracté tendant vers la dilatation du cadre du visage (et du corps). Les dilatations et rétractions relatives d'un étage par rapport aux autres indiquent, quant à elles, les motivations et les inhibitions inconscientes de notre comportement, ou les tendances et facteurs de nos attitudes psychologiques. On peut, ainsi, être un Cérébral, un Affectif ou un Instinctif. Mais celui qui ne se serait jamais livré à un travail d'introspection et de comparaison aux autres n'a pas « conscience» de son Extraversion ou de son Affectivité. Il se trouve « normal», tout simplement. C'est ainsi qu'un fait inconscient peut devenir conscient (et vice versa, puisque tel est le processus qui fait et défait les névroses). C'est ainsi, de la même manière, que l'on apprend à se connaître soi-même, pour autant qu'on y parvienne vraiment. Le « champ» de l'inconscient n'est ni figé, immuable et délimité, ni de nature pathologique, ce que l'on croit parfois. La personnalité inconsciente donne, par contre, l'orientation générale de la personnalité, une sorte de « teinture» pour l'ensemble des autres propriétés du caractère. Les portraits de la troisième partie du dictionnaire des visages constituent une illustration abondante de ce fait. CE QU'ON PEUT LIRE SUR L'ÉTAGE CÉRÉBRAL Outre l'observation d'une dilatation ou d'une rétraction relatives de cet étage, sur laquelle nous ne reviendrons pas, sa morphologie trahit la nature même de la vie intellectuelle du sujet. I/ Primarité et Secondarité du Retentissement On peut noter d'abord qu'une dilatation de la zone sus-orbitaire (ce que nous avons appelé les « bosses sourcilières») témoigne d'un sens plus vif de l'observation; qu'une dilatation des « bosses frontales» (zone supérieure, visible jusqu'à la racine des cheveux) concerne les capacités imaginatives; et qu'enfin la rétraction de la zone médiane s'accentue avec les capacités réflexives, jusqu'à déterminer une véritable « barre d'arrêt» lorsque la réflexion constitue un frein à toute activité de l'individu. Ainsi, la Secondarité du Retentissement se traduit par une forte dénivellation de la surface antérieure du front (une « différenciation» en reliefs et dépressions très marqués) aussi bien pour un Extraverti, comme Terre, que pour un Introverti, comme Saturne. Au contraire, la Primarité s'assortit d'un front plat ou bombé, non différencié, chez l'Extraverti Jupiter, comme chez l'Introverti Mercure. II/ L'intelligence abstraite ou concrète L'imaginaire éloigne du réel, du concret, de même que la réflexion. Certains êtres, abstraits, sont doués pour l'analyse, ils voient mieux ce qui différencie les choses ou les éléments d'un tout; d'autres sont doués pour la synthèse: ils voient, de façon plus globale, ce qui rapproche entre eux les éléments du réel, ce qui les unit ou les identifie. Les premiers ont un front « haut» (plus haut que large) tels Mercure, le Primaire, ou Saturne, le Secondaire. Les seconds ont un front « bas», tels Mars, le Primaire, ou Terre, le Secondaire. Ces deux-là, dont le front est, de plus, marqué de bosses sourcilières proéminentes, seront doués d'une intelligence concrète, orientée vers le réel « sensible», les choses matérielles. Soleil va associer, quant à lui, les deux formes d'intelligence. III/ Largeur et étroitesse du champ de conscience Avez-vous tendance à la spécialisation? Préférez-vous spontanément aller très loin dans la maîtrise d'un sujet, fût-il étriqué dans ses applications et éventuellement tout à fait abstrait, plutôt que de vous intéresser à une multitude de domaines pour lesquels votre connaissance serait nécessairement superficielle? Ressentez-vous le besoin de vous concentrer sur votre travail en vous mettant à l'abri de ces bruits ou de ces gens qui perturberaient votre réflexion, ou bien n'êtes-vous en aucune manière gêné par le passage incessant de vos collègues, par la musique de vos voisins, ou encore par le souci de tous ces autres travaux qu'il vous reste à entreprendre? Dans la première hypothèse, votre champ de conscience est Étroit, comme Saturne, le Secondaire Abstrait, ou comme Terre, le Secondaire Concret, ou comme Mars, le Primaire Concret (chacune de ces propriétés de l'intelligence est indépendante des autres, toutes les combinaisons sont « dans la nature»): vos tempes font des méplats latéraux, délimités par des crêtes accusées — sans qu'un éclairage violent soit nécessaire pour les faire apparaître —, et déterminent ainsi un front plus étroit. Dans la deuxième hypothèse, votre champ de conscience est Large, comme Mercure, le Primaire Abstrait, ou Vénus, le Primaire Concret, dont le front uniformément bombé occulte totalement les méplats temporaux. Attention: il ne faut pas confondre Largeur et Étroitesse du champ de conscience et largesse et étroitesse d'esprit, qui concernent plus spécifiquement des valeurs morales, la générosité par exemple, ou la permissivité. Un esprit étriqué et intolérant peut être le fait d'un individu dont le champ de conscience est très large, universel. CE QU'ON PEUT LIRE SUR L'ÉTAGE AFFECTIF Les facteurs de tendance de la personnalité que nous décrirons ici sont, à peu de chose près, indépendants du fait que l'étage médian est ou non relativement dilaté par rapport au reste du visage, et donc que l'individu soit ou non dit « Affectif». I/ L'orientation dominatrice ou passive de la personnalité — la « polarité» Il s'agit de la tendance Mars ou Vénus, assimilée abusivement à la « virilité» ou à la « féminité» du comportement relationnel dans certaines littératures. Nous observerons, pour cette orientation Mars ou Vénus, le modelé de l'étage affectif: anguleux, osseux, accidenté, ou au contraire enrobé, sinueux, de lignes douces, il trahit le comportement dominateur ou « rond», conciliant, du sujet. Nous observerons, de même, pour l'orientation Mars, la saillie « en museau» de l'étage médian, le nez pointant vigoureusement en avant, et de forme convexe: busqué ou, plus encore, aquilin. L'orientation Vénus s'accompagnera, au contraire, d'un profil concave du nez: droit ou « à la retroussette». Les cas les plus typiques pour cette orientation de l'affectivité sont, bien entendu, Mars et Vénus eux-mêmes. Mais sans autres commentaires, nous dirons, sans nous tromper, que Terre est plus dominateur que Saturne et Lune plus conciliant que Jupiter. II/ Le facteur Jupiter ou Saturne — la sociabilité Nous nous sommes longtemps attardés sur la sociabilité ou l'individualisme comme particularité d'une personnalité. Les visages de Jupiter et Saturne étant désormais familiers, précisons que le facteur Jupiter se caractérise par une dilatation en profondeur de l'étage médian (une vue de profil permet de mieux apprécier cette profondeur), les joues étant « pleines»; le facteur Saturne, au contraire, est trahi par une rétraction en profondeur, les joues battent en retrait, ou « rentrent à l'intérieur» du massif du visage. Est-il besoin de préciser que la sociabilité de Lune est infiniment supérieure à celle de Mercure? III/ Tendresse et Froideur relationnelles Certaines personnes, dont les prototypes sont Vénus et Lune, sont douées de cette « qualité de cœur» qu'est la Tendresse. Mues par des affinités spontanées, elles dégagent de la sympathie, sont vite attendries et compatissantes, elles épanchent leur sensibilité en douces effusions, empreintes de chaleur et de « bonté», le cas échéant d'amour. D'autres se caractérisent, à l'inverse, par leur froideur, tout aussi naturelle et spontanée, qui va de la « dureté» de Terre à la « cruauté» de Mars Apathique, ou à la « réserve» d'un Saturne et à la « froideur hautaine» d'un Mercure. Ces exemples tendent à montrer qu'il n'y a pas de véritable relation entre la Sthénie et la Froideur relationnelle, mais qu'on ne peut nier celle qui associe fréquemment l'Asthénie et la Tendresse. Un Terre-Vénus, bien que vigoureux, fait pourtant montre de beaucoup de Tendresse, à l'occasion. Pour être plus précis, ajoutons qu'on ne peut réellement dissocier la Tendresse de l'Affectivité conciliante, cette propriété de comportement qui dilate, sans fermeté du modelé, l'étage moyen du visage. Le nez de Vénus, de chair tendre et d'arête ronde, enrobée, est caractéristique du facteur Tendresse. Celui de Jupiter, aussi large de dos, mais d'arête plate, de chair « rénitente», ferme, marque une tendance à la froideur. A l'extrême, l'arête vive et « tranchante» du nez « sec» de Mercure témoigne de sa relative « sécheresse» relationnelle, de sa tendance à tenir les autres à distance. CE QU'ON PEUT LIRE SUR L'ÉTAGE INSTINCTIF L'ampleur de cet étage — sa dilatation en largeur — nous a démontré l'influence des pulsions instinctuelles sur le comportement de l'individu. Il est possible d'analyser la nature de cette « impulsivité». I/ La vigueur de l'activité et de la décision La saillie de l'angle mandibulaire, le fait d'une mâchoire basse et puissante sont les signes, chez les êtres Sthéniques que sont Mars et Terre, par exemple, de la fermeté d'une décision, prise de façon « impulsive» (irrationnelle, sous l'impulsion de l'instant, dans ce sens précis) chez le premier, et de façon « construite», mesurée et opiniâtre dans sa constance chez le second. De ce point de vue, ces signes peuvent être considérés comme des confirmations de la propriété d'Activité. Ce sera le cas d'un Jupiter et, à un degré moindre, d'un Soleil (la Secondarité venant pallier le « manque» chez celui-ci, alors que la vigueur « corrige» la Primarité de celui-là, dans l'action). A l'inverse, l'indécision permanente d'un Saturne, et l'inhibition d'un Mercure, qui se traduisent par l'effacement de l'angle mandibulaire, et sa configuration peu Sthénique. II/ L'affirmation de soi et l'emprise de l'individu sur le milieu L'imagerie populaire a consacré, au rang des évidences, l'allure des mentons « volontaires». Une dilatation en profondeur de l'étage inférieur, ici la mandibule, fait saillir en avant le menton. La tension réflexe du muscle « carré» du menton en dessine le profil sculpté et anguleux. Il faut remarquer à ce sujet qu'une rétraction ultérieure de cette même mandibule, qui objectiverait une compensation psychologique, d'inhibition de la volonté, sauf cas pathologique, est physiquement impossible. La rétraction portera alors sur le revêtement musculaire et graisseux de l'arc dentaire, de la bouche et des lèvres, compliquant singulièrement l'interprétation. La « volonté» que traduit le menton ainsi décrit est celle d'un individu dont l'emprise sur le milieu est une manifestation de l'affirmation: une personnalité qui s'impose à l'environnement, dans un style qui dépendra alors de ses autres tendances, cérébrales ou affectives. Nous citerons Mars pour exemple évident, et par acquit de conscience. Une personnalité effacée, discrète, timide, velléitaire, voire timorée, à l'extrême, présentera un menton rond (tiré vers le haut par le muscle « houppe» du menton) puis fuyant, en retrait, du fait d'une mandibule nativement étroite, vue de profil. Là encore, la conduite sera très différenciée selon les valeurs que prennent d'autres propriétés du caractère, tels le Retentissement, ou la Tendresse, ou l'Émotivité, par exemple. III/ Les intérêts sensoriels La même conscience populaire, intuitive et pratique par définition, dépiste les bouches ou les lèvres « sensuelles», larges, tendres, charnues, colorées, les lèvres « séductrices» de Vénus et « gourmandes» de Jupiter. C'est aller un peu vite dans la déduction, mais intrinsèquement vrai. Ces « intérêts sensoriels» se traduisent par une vive sensibilité aux impressions tactiles et, par extension, visuelles, sonores, olfactives, et, bien sûr, gustatives. Ces impressions sont perçues comme agréables ou, sans rien changer aux « intérêts», comme désagréables et même insupportables quand elles sont excessives et exacerbées par d'autres tendances de la personnalité. A l'inverse, l'inhibition d'un Mercure ou d'un Saturne, sur ce plan, se traduisent par des lèvres fines, pincées, rentrées. Il faut noter que la vigueur, l'affirmation de soi, et, à un degré moindre, les intérêts sensoriels peuvent être considérés comme autant de facettes de ce « facteur de tendance» intitulé: « Avidité», un terme qu'il convient de vider de ses connotations péjoratives, et qui est synonyme de besoin de possession, d'appropriation ou de préséance. LE CADRE VESTIBULAIRE ET LES COMPOSANTES CONSCIENTES DE LA « PERSONA» Le « cadre vestibulaire» est la zone centrale du visage, qui inclut les récepteurs sensoriels et leurs appareillages qui font vestibules. Des vestibules d'entrée par lesquels l'individu communique avec le monde environnant. Les échanges sont d'autant plus nombreux, la personnalité consciente y est d'autant plus mobilisée que ce cadre vestibulaire est grand par rapport au cadre général du visage. A l'extrême, l'être mobilise dans ces échanges plus d'énergie qu'il n'en peut disposer. Il se dépense plus que de mesure. Son visage, ouvert, est à l'image de sa personnalité. Il accueille toutes les impressions, se donne à toutes les expériences, dilapide ses ressources jusqu'aux confins de l'épuisement, se repose pour « recharger les accus», et recommence. Il s'agit, en quelque sorte, d'une Primarité consciente du Retentissement des impressions. Personnage sympathique par essence, cyclothymique par la force des choses, et qui, souvent, épuise son entourage dans une agitation irrésistible et sans bornes. A l'autre extrémité, on observe des êtres dont le cadre général du visage, dilaté, témoigne d'une nette tendance Extravertie, alors que le cadre vestibulaire, rétréci, est en franche contradiction avec cette tendance: une fermeture consciente au milieu, qui se traduit par le scepticisme, l'« insensibilité», ou l'avarice, entre autres replis conscients de l'être. Entre ces cas extrêmes, il nous sera possible d'apprécier l'ouverture ou la fermeture du visage, et donc de la personnalité, une donnée essentielle du comportement de l'individu et de ses attitudes psychologiques, une donnée qui viendra se greffer sur les autres et compléter notre portrait. LE VISAGE EST UN RÉSONATEUR Seule une vision qui se veut didactique, et donc par trop analytique, peut conduire à dissocier, comme nous venons de le faire, la vie cérébrale de la vie affective et de la vie instinctive, ou encore de la personnalité consciente ou inconsciente d'un être humain. Cela n'est que vue de l'esprit. L'interdépendance des éléments du visage est à l'image exacte de celle des propriétés du caractère: les « tiroirs» sont tous communicants et solidaires. Les « consonances» et parfois les « dissonances» entre tel et tel trait sont innombrables, et elles sont à considérer quand il faut reconstituer le portrait synthétique d'un individu aussi bien que lorsque l'on procède à l'analyse initiale. Ainsi, un être très Émotif et Tendre a fréquemment le regard « mouillé»: la sécrétion lacrymale s'opère en effet au moindre stimulus émotionnel. L'œil brillant, qui est de l'étage cérébral, devient un signe de la vie affective. Ne dit-on pas, d'ailleurs, à juste titre, que le regard trahit aussi bien nos pensées que nos sentiments, ou que nos sensations? Un autre exemple: la contraction des mâchoires, qui opère à l'étage inférieur, de la vie impulsive, a tendance, chez les Instinctifs Sthéniques, à creuser les tempes, ce qui réduit le champ de conscience et concentre l'effort, à l'étage cérébral, par conséquent. La tendance dominatrice de l'affectivité, qui se traduit, à l'étage médian, par une saillie du nez, s'accompagne, pour des raisons purement « mécaniques», de la saillie du menton et de l'angle mandibulaire à l'étage instinctif, et du retrait du front (qui fait un front fuyant) à l'étage cérébral. Ne parle-t-on pas, à juste titre encore, d'« émotions» religieuses ou artistiques, de « passion» intellectuelle? On peut multiplier à l'infini ces exemples de corrélations entre telle et telle propriété de caractère, entre tel et tel aspect de la morphologie, à propos de la personnalité profonde de l'individu et à propos de ses « états temporaires», qui provoquent des mimiques passagères: quelle est la partie du visage qui ne subit aucune transformation du fait d'un violent éclat de rire, une émotion qui aura été provoquée par un stimulus cérébral, une lecture, ou par un stimulus physiologique, un chatouillement de la plante des pieds? Ces corrélations et cet « assemblage» de traits plus ou moins « cohérents» du caractère se traduisent à leur tour par l'« harmonie» du visage, sa « beauté» (indépendante de l'esthétique, au sens habituel du terme « joli»). Par exemple, une compensation de tendances très contradictoires se traduit immanquablement par certaines dysharmonies des traits, qui frappent d'emblée l'observateur, et qu'il faut prendre en considération « par priorité». Si l'on ne craignait pas le caractère essentiellement subjectif de cette notion d'harmonie, sans doute faudrait-il commencer par là toute interprétation réaliste d'une morphologie, qu'elle soit ou non affligée de quelconques « discordances».