Le dictionnaire des visages
Les types ambivalents
Les témoignages de sentiments ambivalents sont légion. La question de savoir si l'on peut adorer et détester tout à la fois ne peut paraître que mièvre à celui qui a tant soit peu vécu et observé ses semblables. Chacun de nous est blanc, et, dans le même temps, noir, Extraverti dans certaines circonstances et Introverti dans d'autres, Secondaire pour telle impression et Primaire pour l'autre. Mais les personnages qui figurent dans les pages qui suivent peuvent être réellement définis comme Types Ambivalents, dans la mesure où la somme de leurs « contradictions internes» tient de l'invraisemblance. Sociabilité et individualisme qui se « mettent en ménage», ou bien matérialisme et spiritualisme, voici qui ne peut manquer de surprendre, voire même de faire craindre le pire. Quels conflits intérieurs ne peut-on imaginer naître de ces « mixtures» explosives? Être soi et le contraire de soi, c'est le risque d'une véritable rupture de l'unité du caractère, d'un je ne sais quel « dédoublement» pathologique de la personnalité... Il n'est donc pas surprenant de voir ces personnages et figures proliférer dans les productions littéraires de toutes les époques et de toutes les cultures. Tous les rebondissements sont possibles, tous les coups de théâtre, les attitudes les plus inattendues. Et pourtant, comme nous l'avons dit plus haut, ces mêmes personnages peuvent apparaître aux yeux d'un psychotechnicien comme dérisoirement banals et insignifiants. Les tests dénotent des profils caractériels neutres, moyens, plats. Pléthore sont les réponses qui vont du « je ne sais pas» au « ça dépend», et parfois « vos questions sont stupides», jusqu'au fatidique « je n'y répondrai plus», qui met un point final aux investigations. Celui qui observe les physionomies est, au contraire, fasciné. Il « voit» le conflit de tendances se dessiner, parfois se résoudre ou se compliquer, se reporter sur un autre plan de conscience... c'est une démarche de dépistage, qui implique que l'on se mette vraiment à la place, « dans la peau», de l'autre. C'est peut-être aussi le seul et vrai cheminement du psychologue: « Dites-moi comment vous résolvez vos tensions et je vous dirai qui vous êtes»... Dans cette matière proprement inépuisable, les quelques exemples qui sont décrits sont bien insuffisants, juste une ébauche pointilliste, une invitation à poursuivre. Le Sanguin et le Sentimental le sociable et le contestataire les types JUPITER-SATURNE et SATURNE-JUPITER L'Extraversion native du personnage est contrecarrée par la retenue de compensation. Elle ne se satisfait plus d'une perception superficielle, du plus pur Jupiter, mais exige l'analyse, la pondération, le jugement. Mais la Sthénie, la vigueur, l'affirmation de soi sont aussi des remparts protecteurs pour soi-même, parfois de véritables refuges pour l'isolement, parfois aussi un abri pour les autres. Il est providentiel par sa puissance, réconfortant par sa mesure: il est le « sage» que l'on questionne pour un conseil, une orientation, un choix épineux, des situations où l'intérêt ne le cède qu'à la justice. La caricature n'a pas effacé la tendance Mars, antérieure à la compensation Saturne et qui réalisait un tour de force; opérer un repli sur soi-même dans un style exubérant. Se renfermer, soit, mais se renfermer avec fracas, n'est-ce pas d'une belle démonstrativité? Un peu théâtrale, tout de même, à l'image du Sanguin dominant! La caricature féminine n'a pas non plus sacrifié la note Mars, ici plus discrète. Le farouche quant-à-soi prend l'allure d'une véritable fermeture au milieu, en conflit avec l'ouverture inconsciente de l'Extraverti. Tel est le risque de cette compensation ambivalente, celui d'une véri- table paralysie du personnage social, ou celui d'une vigoureuse misanthropie, de l'intolérance « active», doublée d'un immense besoin de possession, jusqu'à la simple rétention des choses, ou des êtres. Le Saturne-Jupiter représenté est le reflet du double équilibre (aucune dilatation ou rétraction relative d'un étage du visage) de l'Introverti étroit et de l'Extraverti large qui, de plus, compensent leurs vulnérabilités par leurs richesses. Le recul nécessaire à la réflexion est amputé par le besoin d'action. L'inhibition est écrasée par les intérêts sensoriels et les vives pulsions instinctuelles, la rumination chassée par la vivacité. La personnalité y perd en pittoresque, elle s'affadit. Le comportement devient stéréotypé et la conduite platement prévisible. L'efficacité sociale est à son maximum, la performance est d'une remarquable constance. Le Flegmatique et le Nerveux Surplastique le matérialiste et le romantique les types TERRE-VÉNUS et VÉNUS-TERRE L'expression de bonhomie qui se dégage de la physionomie du Vénus-Terre représenté est caractéristique de sa personnalité de pacifiste, bon vivant, protecteur. La solidité du personnage est mise en défaut par la complaisance de son comportement, dominé par une affectivité empreinte de tendresse — tendant au paternalisme — et par le solide bon sens du terrien. Vénus a perdu en vivacité et en charme ce que Terre a gagné en chaleur humaine. L'image de Terre-Vénus correspond plus fidèlement à ce que, généralement, on pense être l'Extraversion. Si la conscience populaire associe, en effet, cette dernière aux effusions sentimentales, à l'exubérance du geste, à la vivacité des réactions, alors il est bien vrai que le Nerveux Surplastique apporte tout cela au Flegmatique matérialiste, l'un et l'autre étant des Extravertis, mais dont les styles sont antinomiques. Le personnage représenté est une tendre Vénus qui ne perd jamais, pour autant, son sang-froid. D'une inébranlable sérénité, elle est « quasi sympathique», distribuant ici et là un sourire bienveillant ou une lippe dédaigneuse, tantôt ménageant aux autres des accueils chaleureux, tantôt susurrant de fermes menaces. Professionnellement parlant, ce peut être l'alter ego incorruptible du tout-puissant patron, dans une conception de l'entreprise qui est, il est vrai, un peu passée aujourd'hui. Le Flegmatique et le Nerveux Hautain le matérialiste et le spiritualiste les types TERRE-MERCURE et MERCURE-TERRE Ici, l'Extraversion compense par l'Introversion, en plus des autres propriétés du caractère. La richesse d'une personnalité Terre-Mercure ne s'invente pas, elle s'observe et se laisse admirer. Personnage hors du commun, exemplaire de ténacité, de vigueur et d'invention, il est bien pourvu par la Nature. Le succès de ses entreprises ne peut y résister. La sympathie est, par contre, toute relative. Un homme qui observe avec froideur, qui dit facilement non, et dont la vivacité et la causticité mentales sont impitoyables, utilise d'autres voies que cette affectivité — qu'il réprime — pour marquer le milieu de son empreinte. Le « système psychologique dans lequel est enfermé le Nerveux Hautain qu'est Mercure, centré sur la vie cérébrale essentiellement analytique et contemplative, et « protégé» par l'inhibition affective et surtout instinctuelle, dans la mesure où il se complaît dans la négation du monde matérialiste et somatique, et dans l'apologie d'une conception à la fois contraignante et finalement pessimiste de l'avenir des structures sociales, ce système est pratiquement voué à ce que les physiciens nomment l'« entropie». Une sorte d'appauvrissement constant et désordonné de la matière. Tout se passe, dès lors, comme si la compensation de Terre, essentiellement d'Extraversion et d'Impulsivité, était une victoire sur l'entropie, Mercure devenant (inconsciemment) insuffisamment « laxiste» pour prendre en compte l'organique dans son système de valeurs. Une telle présentation du sujet Mercure-Terre ne vise qu'à montrer l'ampleur de cette compensation et, partant, la somme de tendances antagonistes qui cohabitent dans cette personnalité, qui les concilie mal, d'ailleurs. Une situation de « paria volontaire», juge implacable pour ses contemporains, et défenseur passéiste des réalités d'antan, pourrait faire de lui un poète maudit, ou un romancier acerbe, un critique incisif et brillant, un Don Quichotte moderne d'après l'ère de consommation, et qui l'aurait sûrement mal « digérée». Le Passionné et l'Amorphe le créatif et le végétatif les types SOLEIL-LUNE et LUNE-SOLEIL Ce « Rouletabille», impliqué dans des aventures rocambolesques et ténébreuses, dont il est seul à percevoir la trame inextricable et où il fait preuve d'une invraisemblable fantaisie, capable de déjouer les tours les plus pendables, capable aussi des plus habiles mystifications, mobile comme l'anguille, malin comme le singe, brillant et abracadabrant, ce personnage, romanesque par définition, préfigure bien le type Soleil-Lune. On ne peut être plus perspicace et naïf à la fois, plus volontaire et dépendant, plus obstiné et éparpillé que cet éternel adolescent. Son aventure personnelle n'est qu'une succession de coups de théâtre dont le fil conducteur, ténu mais permanent, échappe à tout observateur tant il est masqué par l'espièglerie du sujet et par les mille détours de son imagination vagabonde. Finalement, il tient de Soleil d'être un réalisateur… mais en « artiste». Si le cheminement mental de Soleil-Lune emprunte volontiers les voies de l'école buissonnière, Lune-Soleil en est, quant à lui, l'inventeur probable. Personne ne croirait que, sous une telle indolence, brûle tant de passion. Ce que l'on prend, parfois, pour mélancolie ou dépression. Cet être débonnaire a, de temps à autre, un regard pénétrant sur les êtres et les choses, un regard perspicace qui « fouine» jusqu'au plus profond de vous-même. L'instant d'après, sans autre forme de procès, il jette une plaisanterie saugrenue, à mille lieues du sujet. Il ne se prend pas au sérieux, mais il ne vous prend pas au sérieux non plus. Allez savoir! Le Colérique et l'Apathique l'agressivité et l'indifférence de MARS APATHIQUE Ce personnage à la fois intolérant et imperméable, fort rare, est aussi du nombre des grands classiques du cinéma, mais de manière artificielle. Le maquillage reproduit aisément les traits de l'Apathie, incurvant les lignes et avachissant localement les volumes; l'acteur, très Sthénique, n'a plus qu'à incarner la force rebelle, l'indifférence implacable et sadique, le mutisme sauvage, et le tour est joué. Violent dans la non-action, d'un égocentrisme forcené, opiniâtre jusqu'à l'insupportable, contraignant, despote, vigoureux et acharné sur sa proie, tel est Mars Apathique dans ses moments de colère. On le voit mieux sur un ring de boxe — et il vaincra, n'en doutez pas, il est « enragé» — que responsable des relations sociales d'un organisme d'utilité publique. QUATRIÉME PARTIE Apprendre La « clef de lecture» du visage Comprendre Les métamorphoses d'un visage Index des termes utilisés APPRENDRE LA « CLEF DE LECTURE» DU VISAGE Ce qu'on peut lire sur le cadre du visage L'étage cérébral ● L'étage affectif L'étage instinctif ● Le cadre vestibulaire
Les planches

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