Le dictionnaire des visages
La physiognomonie
LA PHYSIOGNOMONIE L'héritage d'une culture millénaire et universelle Nul ne sait vraiment quand la « lecture des visages» a vu le jour. Impossible d'en dater l'origine ou d'en désigner le lieu de naissance; cette recherche a probablement surgi en même temps que le langage, ce marqueur de culture qui suit pas à pas la marche de la pensée. Comme le langage rassemble d'un seul geste l'espace et le temps, placés sur un même plan, il rapproche avec la même force « soma» et « psyché», le corps et l'esprit, les lignes du visage et celles du caractère, dans un vocabulaire d'une remarquable cohérence. Intuition, expérience, mystique: tout concourt à cette « foi» que l'on a fini par nommer, la « physiognomonie» (du grec phusis et gnomein: connaissance de la nature), un savoir venu de l'Antiquité dont nous présentons ici une facette, le classement « mythologique», dit encore « typologie astrale», sachant qu'aucun lien rationnel ne rattache ce classement à l'astrologie. Les recoupements de « diagnostic», eux, ont de quoi étonner. Sans la caution aussi nette qu'y ont apportée les caractérologies modernes et les récents classements des tempéraments, cette démarche intuitive serait tombée dans l'oubli, et l'on ne citerait plus Lavater, qui donna une bonne part de sa vie à l'énorme tâche de réunir les sources physiognomoniques; sa synthèse a inspiré, avec générosité et sans rien attendre en retour, nombre de figures littéraires, parmi lesquelles celles de l'œuvre puissante de Balzac, aux côtés d'autres auteurs de premier rang. Ce Lavater, les encyclopédies du début du siècle ne le mentionnent qu'à contrecœur et n'ont pas voulu lui reconnaître plus que le statut de « chercheur illuminé», fourvoyé dans ce qui n'était «... ni une science, ni une technique, ni même un art...». Mieux vaut au contraire formuler, avec beaucoup d'égards, quelques réserves sur le chemin qu'avaient emprunté nos brillants prédécesseurs. Personnalité, comportement, destinée et rôle social Le XXe siècle, par exemple, distingue clairement le caractère du comportement d'une part, le caractère de la destinée d'autre part. On peut être le plus explosif des colériques et faire preuve, en mille circonstances, d'une bonhomie tranquille, au point que cela tourne à l'habitude, voire au permanent. On peut être un agneau docile tout en se révélant, dans le même temps, bourreau redoutable, cynique, sadique et « sans moralité». Le rôle social que nous jouons fait pleinement partie de notre personnalité, mais il tient d'une « nature» bien différente de celle de notre caractère. Les traits du caractère penchent certes vers tel jeu, telle conduite, tel « comportement» pour être précis, mais de ce penchant au fait vécu la distance est grande. Il y a notre vie inconsciente, dont nous ne captons que des bribes çà et là. Il y a le « projet» personnel. Il y a la culture et ses archétypes. Il y a les empreintes « occultes» logées dans notre héritage génétique. Il y a enfin, avouons-le, notre ignorance sans limite de ce qu'est « réellement» l'être humain et de ses ressorts intimes. Pour s'en persuader, il suffit d'observer l'usage que nous faisons du mot « intuition»: sa réalité concrète ne fait aucun doute, mais il ne fait que traduire notre gêne devant le phénomène de la connaissance et de l'apprentissage. Le rôle social, étroitement lié à nos systèmes de représentation et à nos attitudes psychologiques, qui constituent l'ossature presque figée de nos motivations, de notre culture propre et de notre « identité», ce rôle social sera sollicité par des stimuli de toute nature dans des situations où il dictera les comportements, ces « réponses» ou ces « réactions» aux excitations qui les provoquent. On voit dès lors nettement le piège à éviter (mais peut-on vraiment l'éviter si l'on veut rester concret au sens matérialiste, c'est-à-dire au moins narratif?), celui qui consisterait à relier la morphologie et le comportement: car un comportement donné, tel que nous venons de le définir, peut se rencontrer chez une multitude de personnalités très diverses, voire nettement opposées, de même qu'une personnalité donnée peut fournir l'illustration concrète d'une foule de comportements divergents ou contradictoires en réponse à un stimulus déterminé. Voilà le piège que les Anciens n'ont pas su, ou pas voulu (qui tranchera?), éviter dans leurs propos. Le récit mythologique déborde de ces approches « heuristiques», imaginatives et symboliques de la personnalité, qui présentent d'ailleurs de réels atouts face à nos approches dites « rationnelles» et conceptuelles; ce récit, pourtant, ne peint que des comportements « en situation». Ainsi de Zeus, « roi des hommes et des dieux» dans la mythologie grecque, tout de force et de ruse, Grand Séducteur au regard du Seigneur de « simples mortelles», qui devient taureau pour la puissance, cygne pour la grâce, pluie d'or pour l'opulence, ou encore aigle pour l'agressivité du prédateur... Il serait sans doute plus exact de parler de « plasticité» du caractère, comme nous le ferons pour Jupiter, le pendant de Zeus dans la mythologie italique, plutôt que de métamorphoses divines plus ou moins « magiques». Le fond, bien entendu, demeure le même quand la forme se transforme, mais il devient plus « exploitable», ne serait-ce que par sa concision, faute de sa richesse métaphorique et allégorique, pour ce qui se veut une « pratique scientifique»: l'interprétation psychologique objective des signes morphologiques. Un autre piège nous menace aujourd'hui encore, sans doute par ce même besoin de masquer notre ignorance: celui de confondre les « prédispositions» évoquées plus haut, celles du caractère, avec les « prédestinations» ou les prémonitions dont les textes mythologiques sont abondamment porteurs. Un être sociable, compagnon enjoué, plastique, sthénique, bien adapté, a toutes les chances de « réussir» dans la vie. Son destin est probablement servi par ces dispositions du tempérament. Mais de là à affirmer que «... l'homme au visage large et au crâne chauve connaîtra les plus grandes réussites dans ses affaires...», comme on le lit à foison dans les textes vénérables, il y a un pas énorme à franchir, un fossé que, pour notre part, nous éviterons d'enjamber à la légère, de peur de nous y égarer pour de bon. En revanche, nous ne tirerons de cette prudence aucune fierté, qui sonnerait creux! Une classification par couples de « contraires» L'antique physiognomonie nous propose donc un classement des morphologies et des personnalités, composé de huit types, remarquable à plus d'un titre, sur lequel nous nous arrêterons longuement. Huit types, comme le célèbre classement de l'école de Groningue, nommé en France « typologie de Le Senne». Huit encore, comme les « types psychologiques» de C.G. Jung. Nul ne saurait dire si ces auteurs connaissaient le classement astral, puisque, à notre connaissance, aucune mention explicite n'en apparaît dans leurs travaux; ce qui est sûr, c'est que les recoupements entre ces diverses synthèses de la personnalité sont nombreux et saisissants, porteurs en tout cas de belles promesses pour la connaissance de l'homme, riches aussi d'enseignements dès que l'on rapproche les données de la caractérologie classique des apports décisifs de la psychanalyse. C'est ce que la suite mettra en lumière. Ces huit types se répondent deux à deux, en couples de contraires, selon le principe habituel du classement « dichotomique»: Jupiter et Saturne, à part des autres puisqu'ils incarnent l'opposition de deux formes d'équilibre de la personnalité, la sociabilité et l'individualisme; Mars et Vénus, l'une des expressions de la dialectique virilité/féminité, ou animus/anima; Terre et Mercure, qui rallument et avivent le conflit du corps et de l'esprit (temporel/spirituel), du « Ça» et du « Sur-Moi»; Lune et Soleil enfin, celui de la passivité végétative et de l'activité créatrice. Des couples qui opposent toujours un Dilaté à un Rétracté, un Sthénique à un Asthénique, et, sauf pour Mars/Vénus, une mimique vive à une expression froide, figée ou « contrôlée». Le portrait de ces huit types viendra ainsi enrichir le premier classement que nous avons établi et la série de portraits qui en découlait. N.B.: Certains classements de la psychologie constitutionnelle contemporaine sont trichotomiques. C'est le cas notamment de ceux de Sheldon (U.S.) et de Kretschmer (Allemagne), auxquels nous faisons implicitement référence ici et là. LES TYPES ASTRAUX Morphologie et personnalité LA SOCIABILITÉ DE « JUPITER» L'INDIVIDUALISME DE « SATURNE» L'AGRESSIVITÉ DE « MARS» LA PASSIVITÉ CONCILIANTE DE « VÉNUS» LE MATÉRIALISME DE « TERRE» LE SPIRITUALISME DE « MERCURE» L'IMAGINATION RÊVEUSE ET INDOLENTE DE « LUNE» L'IMAGINATION ACTIVE ET CRÉATRICE DE « SOLEIL»