Le dictionnaire des visages
Les types astraux — les huit planètes
La sociabilité de JUPITER La morphologie Jupiter est le type même du Dilaté moyen. Équilibré, le visage s'inscrit dans un rectangle large, aux bords arrondis. Frappé de calvitie précoce, le crâne se dégarnit dès la fin de l'adolescence, ce qui, accessoirement, détermine un front de plus en plus haut: pure illusion d'optique, qui donne pourtant au personnage un rayonnement naturel dont il saura bien tirer parti. Un front sans relief, aux tempes à peine perceptibles; de grands yeux aux paupières un peu lourdes; des sourcils droits, surplombant des orbites peu profondes; un nez large et grand, dont l'arête et les narines sont charnues, formant une base ferme et énergiquement sculptée; une bouche grande, aux lèvres charnues et vermeilles, bien dessinées; un menton au relief accusé, mais sans excès, bien que le sillon mentonnier soit appuyé; des mâchoires inférieures solides, un tantinet enrobées: en somme, une morphologie qui exhale la santé, tant physique que morale, l'aplomb et l'harmonie. Voici pour la physionomie de l'homme. La personnalité Tonique est le modelé, et tonique la personnalité de Jupiter. Il est homme d'action, d'instinct, de flair et d'affirmation. Par son comportement expansif et son tempérament jovial, il respire l'aisance et la bonhomie. De contact facile, liant, beau parleur, plein d'assurance, sa sérénité apparente, toute de puissance et d'assurance, fait de lui un orateur disert, aussi bien qu'un acteur de talent, ou un plaideur persuasif. Concret, objectif en diable, habile de ses mains — notamment parce que peu émotif —, il est, sur le plan professionnel, un praticien compétent. Il fait autorité en tant que médecin, ou que chirurgien, ou qu'ébéniste, ou encore en tant que contremaître d'ascendant quasi charismatique. A l'aise en toutes circonstances et dans tous les milieux, il se reconnaît généralement dans la foule, s'identifiant à elle tout naturellement. Maniant un humour qui sait être mordant et incisif, mais sans qu'il se départisse d'une certaine finesse, il se retrouvera volontiers sur les planches — homme de spectacle ou meneur de jeu — et attendra alors du public qu'il soit « bon»: autrement dit, qu'il lui renvoie une image flatteuse de lui-même. Sociable, il est conservateur des « normes sociales», des traditions, auxquelles il attribue grande valeur pour perpétuer les groupes privilégiés: la Famille, l'Entreprise, le Club, la Patrie… Sociable, Jupiter est aussi — et peut-être surtout — opportuniste. Il est passé maître dans l'art de tirer parti de toute circonstance et de toute situation, tant soit peu favorables. Avec adresse, avec cordialité, mais non sans fermeté. La volonté est, chez lui, symptomatique d'une belle vitalité. Qu'une occasion, même furtive, se présente, et voici qu'aussitôt se trouvent mobilisées des ressources actives considérables. Parfois même démesurées. Alors, la tension que ne manque pas de créer cette accumulation d'énergie recherche une diversion, tout aussi spontanément, tout aussi vigoureusement. Il lui faut « décharger les batteries» et c'est ce qu'il fait dans son style habituel, direct, « nature», sans retenue aucune: il éclate dans une de ces colères qui ont fait sa légende (les « foudres» de Jupiter), une colère aussi soudaine que violente et qu'apparemment inexplicable pour son entourage, une colère de « sanguin» qui active l'afflux de sang vers le visage — une colère « rouge» — avec moult gesticulations démonstratives à l'appui, une « saine» colère, au sens où elle remplit une fonction sanitaire de calmant, une tempête qui retombe aussi subrepticement qu'elle est montée, ne laissant derrière elle aucune trace, aucunes séquelles, aucune rancune. Au contraire, son rôle rééquilibrant est perçu par Jupiter comme un facteur de bien-être: il vous saura gré d'avoir créé les conditions favorables à l'explosion, et il vous en appréciera d'autant. Au fond, il aime bien ces êtres qui ne se formaliseront pas de ses excès. Peut-être même que sa colère est un signe de l'estime qu'il vous porte… Allez savoir, avec un comédien, opportuniste et jovial, qui jouit, de surcroît, d'une telle santé! On ne peut éviter d'évoquer, à propos de Jupiter, et tant elle est patente dans son comportement habituel, sa philosophie de la vie. Il s'agit de l'hédonisme. Jupiter est fils spirituel d'Épicure — dont la statuaire grecque nous donne une représentation très jupitérienne, d'ailleurs, du point de vue du cadre du visage — et, en cela, il cultive le « principe de plaisir» dont parlait Freud, mais d'un plaisir associant dans la même foulée la satisfaction des sens, des pulsions instinctuelles (« Libido»), et de quelques exigences intellectuelles et relationnelles. L'hédonisme (hêdonê: plaisir) est une doctrine dont la règle de conduite consiste à rechercher les situations qui procurent joie, détente et paix, à l'exclusion de toutes celles qui, au contraire, généreraient la souffrance, physique ou morale. L'agrément que fournissent les premières, fait de bien-être et de volupté, reste pourtant un plaisir de surface. L'hédoniste ne s'y engage pas tout entier, subjectivement parlant. Ne sont pas sollicitées, en l'occurrence, toutes les ressources de sa sensibilité, mais seulement les attentes matérielles, objectives, distinctes d'une quelconque « communion spirituelle» avec les choses ou les êtres, mais prenant en compte l'intensité affective des sensations qu'elles ménagent. Cette mixture de « bon vivant», faite de matérialisme, d'affectivité, et pourtant d'une pointe d'indifférence, est le fruit de la souplesse de son tempérament et de l'orientation particulière, un tantinet superficielle, de ses « dons relationnels». C'est elle qui l'opposera le plus vivement au type que nous considérons à présent, celui de Saturne. L'individualisme de SATURNE La morphologie On ne peut mieux opposer la morphologie de Saturne qu'à celle de Jupiter. Il n'y a guère entre elles qu'un seul point commun: l'équilibre. Cet équilibre est d'ailleurs déterminant en ce qui concerne l'unité du caractère de notre homme. Tout le reste est différent, aux antipodes. A la dilatation générale du visage de Jupiter, celui de Saturne oppose une rétraction uniforme. Long, étroit, on pourrait dire « effilé», sa forme est celle d'un rectangle très allongé, à l'intérieur duquel se creusent les différents vestibules qui mettront bien à l'abri les yeux, la bouche, les narines: les « récepteurs sensoriels». Des yeux enchâssés dans l'orbite, en net retrait par rapport au plan de la face. Des narines recroquevillées. Des lèvres pincées, en fermeture à glissière. Cela fait à Saturne une expression peu avenante, un air renfrogné qui sera volontiers interprété comme le signe d'une misanthropie « chronique». Les sourcils, assez fournis et bas, renforcent l'impression de « réserve» d'une personnalité taciturne et atrabilaire. Les autres signes distinctifs du type: des cheveux abondants, ondulés, de couleur châtain foncé; un front étroit et haut (en valeur relative), tout comme le menton, qui est plus haut que large; un nez très peu saillant, au dos étroit, et qui accentue l'effet de pincement des narines; et surtout un modelé très accidenté qui signe l'ensemble des lignes et des volumes: fait de creux et bosses accentués, il détermine cet aspect très reconnaissable des pommettes « creusées par en dessous» et du front, par ailleurs « redressé», marqué de nombreux reliefs et autres ravins. La personnalité Pour Saturne, d'un point de vue purement subjectif donc, le milieu ambiant n'est que très exceptionnellement favorable. Et d'autant plus appréciable, quand il le devient: accueilli comme une situation salvatrice, « de choix», il est l'un des instants, rares, où l'on peut, où il faut extérioriser, sans retenue, un trop-plein d'affectivité. C'est dire à quel point cette affectivité est constamment inhibée, refoulée, réprimée comme on ne sait quelle tare honteuse! Une affectivité pourtant nourrie de l'intérieur par une sensibilité très vive, épidermique, à « fleur de cœur». Voici le dilemme dans lequel s'enferme un être tout de subjectivité, torturé tout autant par la réflexion qui inhibe l'action que par cette retenue constante et inconsciente qui inhibe l'émotion, ou que par l'inflexibilité du tempérament qui inhibe l'instinct et l'impulsion. Tout ce qui compte sera intériorisé, et malheur à ces témoignages indécents qui trahissent les troubles, pourtant nombreux, malheur à l'exhibition, quelle qu'elle soit. Le mécanisme est d'ailleurs aussi simple que pervers: plus la situation est critique, et plus forte est la répression de toute démonstration. Étonnez-vous ensuite qu'il soit pris pour froid, fermé, insensible, flegmatique et déterminé! Enfermé dans un quant-à-soi indifférent, voire hostile, mais involontaire! Il va sans dire que l'entourage lui renvoie volontiers la monnaie de la pièce: bousculé dans sa réflexion, malmené dans ses instincts, heurté dans sa sensibilité, voici l'état dans lequel nous retrouverons immanquablement notre Saturne, éperdu de craintes, mais aussi d'un appétit glouton pour de quelconques signes d'amitié et de chaleur, ceux-là mêmes qu'il est incapable de dispenser. Immanquablement, l'événement relationnel va donner raison à sa méfiance naturelle. Comment pourrait-il en être autrement? Le voici donc qui s'enfonce un peu plus encore dans sa réserve: c'est l'instinct de conservation qui joue ici, pour se protéger, pour préserver son identité, son intégrité, ses jardins secrets. La tour d'ivoire se construit et se consolide ainsi au fur et à mesure de ces apprentissages implacablement oppressifs — perçus comme tels, bien entendu, mais pour quelle valeur d'objectivité? —, une tour qui l'isole dans le plus parfait individualisme. Il sera en mesure par contre, à l'occasion, de se libérer de cette tension quasi permanente, soit parce que, momentanément, nous l'avons vu plus haut, le milieu peut enfin être considéré comme favorable, rare instant de bonheur, parfaitement subjectif et vécu pleinement à ce titre, soit parce qu'une autre solution (ou une autre résolution de la tension) se fait jour, à laquelle il a bien droit, après tout: la rébellion, c'est-à-dire la colère. Il s'y « abandonnera» (comme d'autres s'y adonnent) dans son style personnel. Il commencera bien sûr par en refouler les tentations, rentrant tant que faire se peut une frustration croissante. Et quand la coupe sera pleine, sa colère éclatera, inattendue, démesurée, mais timorée, baissant le ton, s'exprimant dans un débit rageur, lent et scandé, le visage devenant progressivement exsangue: une colère « blanche». Vindicatif, il cherchera, par le choix des mots, à atteindre l'« adversaire» en profondeur, à envenimer la plaie. Une violence toute verbale. Ensuite, lorsque la colère retombera, faute d'énergie disponible essentiellement, elle cédera la place à une rancune aussi durable, aussi tenace, aussi vindicative que l'explosion a été précédemment contenue. Une rancune qui constituera à son tour et une émotion et une tension propres à rallumer la mèche à tout instant. Mais qu'il contiendra « stoïquement». L'homme des cercles vicieux, on le voit bien! L'individualisme et la subjectivité se paient cher, aussi bien pour Saturne que pour son entourage. L'agressivité de MARS La morphologie Nulle physionomie ne saurait être plus facilement reconnaissable (et mémorisable du même coup) que celle de notre type Mars. Il s'agit d'une configuration de traits qui a été, par ailleurs, l'archétype des faciès sataniques, des Méphisto et autres Satyres… Une morphologie de Rétracté dont le profil « en museau» fait saillie en avant pour ce qui est du nez et du menton, alors que le front, bas et fuyant, opère un recul de l'ensemble du crâne, accentuant l'allure volontaire et dynamique du personnage. Cette disposition des volumes est comme accentuée par la structure des yeux et des sourcils, qui remontent en haut et en arrière pour former une sorte de « V», plus ou moins ouvert selon le cas, et selon l'intensité des états d'âme (nombreux) auxquels est soumis le personnage. La même obliquité, conséquence du museau, se retrouve d'ailleurs dans la ligne qui sépare l'oreille de la joue: une ligne s'écartant de la verticale qui est son orientation normale, plus ou moins inclinée, donc, suivant le degré de saillie du menton. Le nez est busqué, convexe, et même aquilin (en bec d'aigle). Un nez dont l'arête est tranchante, effilée, et dont les narines sont frémissantes, vibrant sous le coup des émotions, comme s'agitent les yeux et se gonflent les mandibules dans la même situation, par une sorte d'enchaînement naturel: l'image qui vient spontanément à l'esprit est celle du prédateur en quête de sa proie, l'oiseau souverain, puissant et solitaire. La bouche, aussi, est puissante, les lèvres sont souvent serrées, dans une mimique rageuse et tendue, les commissures quelque peu « défoncées», formant parfois de petites rides radiales. Le menton ajoute à cette impression de fermeture une note de dureté, jusqu'à l'acharnement opiniâtre: de forme sévère et carrée, il est tendu vers le bas avec fermeté (tonus réflexe du muscle « carré du menton»). Quand on aura remarqué encore les mâchoires inférieures, vigoureuses et basses, les pommettes des joues excessivement saillantes, au relief anguleux et accusé (de véritables protubérances qui, parfois, semblent comprimer le bord inférieur des paupières), et enfin le front bosselé, encadré par des cheveux épais, de couleur sombre et de texture raide, la plus élémentaire intuition des visages nous soufflera que, décidément non, Mars n'est pas un tendre! La personnalité En effet, pour Mars, la vie est un combat permanent, l'agressivité est un mode relationnel constant, et la hargne un style favori. Mais contre qui ces débordements haineux sont-ils orientés? Quelle est cette méchanceté qui se répand dans ce déluge de manifestations hostiles? Et pourquoi donc? Comprendre le comportement naturel de Mars, c'est comprendre le cycle d'enfer dans lequel son adaptation difficultueuse (rétraction), sa Sthénie (tension du modelé), son émotivité (mobilité) et son impulsivité (convexité du profil) l'enferment implacablement: toute atteinte à son intégrité, toute tension affective se traduisent par un état de frustration qui devient très vite insupportable. Une réserve abondante de vitalité, mobilisée pour la circonstance, doit aussitôt, l'émotivité aggravant les choses, trouver son dérivatif pour réduire la surexcitation provoquée par cette situation. Notre homme n'a alors le choix qu'entre deux solutions: extérioriser, et c'est le milieu ambiant qui sert d'exutoire au trop-plein d'énergie, c'est l'agressivité; ou bien intérioriser, cette dernière se retournant alors contre lui-même, en autodestruction, dans ce que la psychanalyse appelle un comportement « masochiste». Pour la « force de la nature» qu'est Mars, cette seconde solution est peu recevable. Il serait d'ailleurs peu charitable de souhaiter qu'il n'en soit pas ainsi! C'est donc la première qui est la voie naturelle. Une voie facile? Sûrement non, car à chaque démonstration d'agressivité succède immédiatement une incursion de l'angoisse, bien naturelle aussi, ne serait-ce qu'à cause des interdits culturels et sociaux qui frappent de tels excès; à moins que ce ne soit par crainte instinctive d'une riposte de la « victime», ou du milieu en général (la « loi du Talion»); à moins encore que cet état de provocation ou de déchaînement ne soit générateur d'anxiété, spontanément, ce qui, nous le concédons, n'explique rien mais se borne à constater le fait. Quoi qu'il en soit, cette emprise de la crainte, ces transes affligeantes seront fatalement perçues par notre impulsif survolté — et en définitive fra- gile — comme une nouvelle atteinte à son équilibre, une nouvelle frustration; et le cycle repart de plus belle!… Est-ce la frustration, ou l'agressivité, ou l'angoisse qui sont à l'origine du processus? Cela revient à se demander qui, de la poule ou de l'œuf, est à l'origine de la reproduction de l'espèce. Peu importe finalement, puisque seul compte le résultat, et il est singulièrement déplorable. Pis: concrètement insoluble. Irascible, ne se maîtrisant en aucune manière, notre Mars est un fonceur coléreux et soupe-au-lait, bilieux, parfois acariâtre, toujours prêt à exploser, voire à détruire aujourd'hui ce qu'il a construit la veille, éventuellement à se détruire lui-même… mais alors il n'est tout simplement plus du type Mars, et sort de notre épure. La passivité conciliante de VENUS La morphologie Serait-ce l'effet d'une misogynie archaïque que d'avoir représenté les traits de la passivité, de la rondeur, de la versatilité, de la frivolité par ceux d'une femme, fût-elle Vénus en personne, Déesse de la Beauté, de l'Amour et de la Maternité, comme sa consœur hellénique Aphrodite, ou bien, ce qui revient au même en définitive, le signe que séduction, sensualité et soumission, conservant tout leur mystère et tout leur charme, soient plutôt affectés au crédit du sexe dit « faible»? On ne sait. Quoi qu'il en soit, on doit à la vérité de dire, quand bien même il en coûterait à la fierté de l'autre, qu'on retrouve la morphologie de Vénus à parts presque égales dans les physionomies d'hommes et de femmes, et plus fréquemment dans celles des enfants. Nous ferons donc aussi bien de la décrire au masculin, tout au moins par référence au « type Vénus». Quels sont donc ces traits remarquables? Le visage de Vénus est de forme ovale aux lignes douces et enveloppées. Large — c'est un Dilaté —, il traduit plus que tout autre une aptitude à l'adaptation facile, d'une facilité hors du commun. Tout est rond, tout est enrobé, tout est tendre sur ce visage, dont les joues rebondies sont le signe distinctif par excellence. Ici, point de pommettes saillantes et fougueuses comme celles de Mars, mais un relief potelé qui se dissout sur la mâchoire et sur les tempes sans autre rétraction qui viendrait en accentuer la protubérance. Ici, pour reprendre l'expression du poète, « tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté», tant pour les traits de la physionomie que pour ceux de la personnalité. Simple anticipation. L'Égérie de Baudelaire était probablement de ce type! Le front est uniformément arrondi et bombé; aucune différenciation de surface, ni frontale ni latérale; les yeux sont grands, clairs, d'expression ouverte qui dénote l'intérêt, et parfois la compassion, la sympathie — ou l'empathie —; ils sont coiffés de sourcils fins, peu fournis, distants l'un de l'autre et à bonne distance des yeux, formant une arcade délicate au-dessus de l'orbite, qui est peu profonde, et fait une structure « affleurante» pour les récepteurs oculaires; le nez est droit, potelé aussi, parfois « à la retroussette», ce qui donne à la physionomie ce caractère juvénile, voire enfantin et mutin; la base du nez et les narines poupines sont de chair tendre et généreuse; la bouche est grande, toute de lèvres voluptueuses et hautes en couleur, soulignant et rehaussant la forme arrondie du menton, relevé vers le haut par le muscle dit « houppe du menton» qui fait une mimique de timidité ou d'effacement; les cheveux, enfin, sont souples, fins, soyeux, ondulés, de couleur châtain. La personnalité La quête de sympathie et la rondeur du comportement sont les maîtres mots pour circonscrire le personnage Vénus. La tendresse dans les relations avec autrui, la perception intuitive des choses, des êtres, des situations, ainsi que l'usage constant de la séduction en sont les corollaires bien naturels. Tout comme celle de Mars, la vie de Vénus est régie par les émotions, les sentiments, les passions. C'est dire que ces troubles affectifs créeront des tensions quasi permanentes. Mais alors que chez l'auguste — mais peu serein — prédécesseur les ressources vitales sont abondantes, voire surabondantes et débridées, chez notre nouveau sujet elles seraient plutôt défaillantes, minces en tout cas. On a longtemps cru, mais on s'est probablement trompé, que l'alternative masochiste était alors la voie royale. C'est mal connaître une issue propre aux papillons inconstants pour la résolution des tensions: la fuite. A dire vrai, il en est bien une autre, celle de la production de symptômes névrotiques, que notre « agité» empruntera parfois, mais il s'agit de cas pathologiques, qui sortent donc du cadre de ce dictionnaire. La fuite, ainsi, pour Vénus, s'observe dans deux attitudes typiques: la fébrilité et le bavardage, l'une et l'autre étant finalement de même nature. Sous le coup de l'émotion (tension), Vénus s'active, de façon plus ou moins désordonnée selon l'intensité de l'excitation. Il « fait son ménage», déplace les objets nerveusement, se disperse, se tourmente et pleure éventuellement: une véritable gabegie en fait de ménage! Ou bien il parle. On dit que, lorsque Vénus ne parle pas, il ne pense pas non plus. On en dit d'ailleurs presque autant de Jupiter. Une affirmation un peu cruelle, mais non dépourvue de fondement dans une certaine mesure. Il s'agit d'une échappatoire, en l'occurrence, sous forme de prise de conscience, toute relative il est vrai. Si la fuite dans la fébrilité ou dans le bavardage n'était plus possible, la voie dont il était question plus haut — celle qui permet d'accéder à la détente — serait sans issue, et donc frustrante. D'où ce babil incessant, cette « logorrhée», irrépressibles, souvent insignifiants en apparence: ce n'est pas la chose exprimée qui importe, c'est le fait de l'exprimer, pour se libérer. Voici donc pour le caquet, à quoi l'on reconnaît aisément Vénus, et qui n'est rien d'autre qu'un remède, au même titre que la colère « rouge» de Jupiter. Question de tempérament! On comprend tout aussi aisément que notre homme recherche d'abord les climats détendus (comme pour une économie d'énergie, puisque la chose et le mot sont à la mode) et les relations faciles. Il les préfère à l'absence de relations, d'une part, qui mettrait à rude épreuve le besoin de sympathie et de ses multiples « signes de reconnaissance», et, d'autre part, aux relations difficultueuses, trop éprouvantes pour sa sensibilité, toute de délicatesse. Il devient alors conciliant, par la force des choses: c'est sa forme de sociabilité, faite d'amabilité, de douceur, de souplesse, de maniabilité et de civilité. Le matérialisme de TERRE La morphologie Terre est un roc de basalte qui a pris forme humaine. Un individu taillé dans la pierre, massif, pesant, tout de muscles tendus sur une structure monumentale. Ou bien un chêne, issu des légendes ancestrales. Le ciseau du sculpteur a été quelque peu brutal, et approximatif. De finesse, de mobilité, on n'en trouvera guère dans cette masse imposante, dépassant allégrement le cap des cent kilos. On trouverait en lui un solide abri — peut-être contre les états d'âme troublants —, un refuge sûr, anti-déflagrant, plutôt qu'une sensibilité de connivence, encore moins de compassion. Les traits sont quelque peu grossiers et lourds, donc de même que le cadre, qui dessine un trapèze dont la base, large, est attachée au corps par un cou de taureau. Cette construction trapézoïdale se retrouve et s'observe quel que soit l'angle de vision: de face, aussi bien que de profil, ou de trois quarts. Très spectaculaire, cette impression de puissance et d'impassibilité que dégage la morphologie de Terre! Tout comme son appendice nasal majestueux, qui fait honneur à des oreilles de taille pathétique. Ce nez se rétrécit à la racine, entre les yeux, alors que son arête est par ailleurs large, taillée à la serpe. La largeur est à son paroxysme au niveau de la base (nous pourrions dire l'« assise», ou le « soubassement», par déférence envers l'édifice qu'elle soutient) aux narines lourdes et grandes ouvertes, inertes. Un nez droit, qui incise vigoureusement la ligne de l'arcade sourcilière, proéminente, sur laquelle viennent presque se rejoindre des brosses au poil dru, fourni, et rebelle: une configuration sévère et brutale qui encadre des yeux peu expressifs, plutôt petits compte tenu de l'ensemble de la face. La bouche est, en ce qui la concerne, bien grande, garnie de lèvres épaisses, fermes et peu colorées. Le menton est joliment charpenté, alors que le front semble n'avoir été qu'à peine dégrossi, dans l'attente d'on ne sait quelle finition à venir: des bosses imposantes surplombant les sourcils, occupant près des deux tiers de la hauteur totale, et qui viennent mourir à ce niveau en une zone de dépres- sion prononcée, elle-même surmontée de nouvelles protubérances, à la racine des cheveux. L'ensemble de ce front, champ de bataille puissamment accidenté, est limité latéralement par les crêtes accusées de tempes légèrement creuses. Au total: un front bas, étroit et extrêmement différencié. La personnalité Les termes un peu crus que nous avons utilisés pour décrire la forme sont aussi significatifs du psychisme de Terre: ce qu'il a gagné en force dans le « Grand Partage», il l'a perdu en finesse. La puissance, la vigueur et l'abondance des réserves de vitalité s'opposent ici à la sensibilité. Tout se passe comme si elles lui faisaient barrage, ce qui n'a que valeur d'image, bien entendu. La lenteur des mouvements trouve son pendant dans la fixité de l'expression, et, parallèlement, ce que notre homme perd en richesse dans l'étendue des passions intellectuelles, il le gagne en profondeur dans des domaines restreints, qui l'intéressent plus particulièrement: c'est un spécialiste, et un perfectionniste, et le sujet qui retient son attention est toujours concret, tangible, matérialiste. Doué pour l'observation des choses, il a une méfiance innée pour tout ce qui résulte de l'imaginaire, ou qui s'y rapporte. A ce titre, il est aussi homme de court terme. Mais, pour être réaliste, il n'en est pas moins solide réalisateur, bâtisseur pragmatique de constructions qu'il domine bien: entreprises ou lignées familiales, dont il est bien la souche et le ferment, avec lesquelles il fait corps, totalement. Définitivement positif, il ne croit qu'à ce qui se voit, se touche, se mesure, se pèse. Il ne croit qu'à ce qui tombe sous l'expérience, ce qui s'est abondamment confirmé par les faits, de même qu'il ne croit qu'à ce qui est utile, solide, ratifié. Du reste, il a tendance à surestimer ses besoins, à surdimensionner ses acquisitions, aussi bien sa maison, qu'il veut imposante, à toute épreuve, que tous ses biens, qu'il veut durables et résistants, et jusqu'à ses relations, auxquelles il demande d'être des personnalités « solides», qui ont de l'étoffe, de l'autorité, du crédit, de la consistance. Pour lui, il ne faut vraiment jamais dire: « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau», de même qu'il professera cyniquement que « charité bien ordonnée commence par soi-même». En somme, Terre est un homme pratique, un homme de certitudes, qui ne veut guère s'embarrasser de théories ou de concepts abstraits. Résoudre dans l'immédiat les problèmes qui se présentent, au mieux de l'utilité du moment, avec une certaine habileté, d'ailleurs, celle du maquignon, et surtout grâce à un solide bon sens, voici ce qui le caractérise vraiment. Les Américains le baptisent « money maker», et il est habile à « faire de l'argent»; les banquiers le disent « accumulateur», et il est vrai que son avidité sans complexes le conduit à amasser, selon le cas, de petits pécules ou de grosses fortunes; nous le disons, chez nous, « terre à terre», et il est vrai aussi qu'il a du mal à s'élever au-dessus des petits problèmes empiriques de la vie quotidienne, de la routine journalière. Il est bien un peu tout cela, ce terrien, chasseur de fantasmes comme d'autres chassaient les sorcières, et, à ce titre, il joue un rôle éminent dans l'édification des sociétés et des cultures, un rôle qu'on lui reconnaît rarement, sans doute parce qu'il le défend avec une maladresse foncière: la gaucherie dont il fait toujours preuve quand il s'agit de prendre du champ ou de… tenir à distance, plus prosaïquement! Le spiritualisme de MERCURE La morphologie Un visage qui s'inscrit dans un triangle long, pointe en bas. Un visage émacié, excessivement rétracté à l'étage inférieur, démesurément élargi à l'étage cérébral, et dans lequel s'implantent des récepteurs sensoriels dont l'expressivité et la mobilité tiennent d'une véritable pantomime, tant l'agitation et la fébrilité animent les traits en permanence. Un Ballet. La vie. Le front est large, mais plus haut que large, lisse, totalement dépourvu de ces reliefs qui faisaient le paysage raviné de celui de Terre, et même dénué de tempes. Et sur cette étendue égale se dessinent, très haut au-dessus des yeux, des sourcils finement esquissés, à la manière de l'ébauche d'un pinceau japonais — délicatesse et subtile élégance —, des sourcils qui semblent marquer le raffinement « de l'âme» et qui délimitent, par leur écartement, un triangle très large au-dessus de la racine du nez, triangle qui, soit dit en passant, car ils sont rares, est l'un des traits morphologiques caractéristiques, statistiquement parlant, des physionomies féminines, et dont le nom savant est la « glabelle». Tout est gracile, tout est fin, tout est mobile, nous l'avons dit, sur ce visage: les yeux, plutôt petits mais très écartés l'un de l'autre, les narines au dessin fragile, les lèvres au tracé délicat et au relief imperceptible, fini à l'émeri. L'arête de ce nez un peu pincé est tranchante. L'espace qui sépare la base du nez de la lèvre supérieure (dit labio-nasal) et qui abrite le maxillaire supérieur est haut et lisse. Il accentue l'effet d'allongement du menton (maxillaire inférieur), qui se termine en pointe, au sommet du triangle inversé que forme le visage. La mâchoire inférieure est très effacée, la mandibule n'apparaissant pratiquement que lors de la mastication. La personnalité Si tout, dans la morphologie de Mercure, se distingue de celle de Terre, tout se contredit aussi, bien entendu, du point de vue de leur personnalité. La Sthénie impressionnante de Terre cède la place à une Asthénie générale chez Mercure, qui se traduit par une répugnance innée à l'effort physique. Il faut noter cepen- dant qu'il est svelte, souple, rapide, alors que l'autre était lent, pesant, et même un peu lourdaud. De même qu'à l'impassibilité surprenante de Terre, on pourra opposer la vibratilité excessive de Mercure. Celui-ci est soumis à toute la gamme des troubles affectifs, alors que celui-là les ignorait majestueusement. De même encore l'exclusive de Terre pour la chose concrète et immédiate — dans le sens de l'instantanéité et non de la référence à la matière — s'évanouit-elle chez notre homme au profit de l'abstraction et de la spéculation intellectuelle (par opposition, bien sûr, à la spéculation matérielle, le cas échéant financière, qui était le fort du premier). On peut ainsi s'étendre sur une foule de différences, mais contentons-nous de décrire et de comprendre ce fonds inépuisable de ressources cérébrales que recèle le délicat Mercure. La « sublimation» des pulsions de l'instinct est le processus de base qui conduit à son tempérament et à son caractère. Par définition freudienne, c'est le report vers des centres d'intérêt plus « nobles», ou de plus grande valeur culturelle et sociale, de toutes les tensions de l'impulsivité naturelle. Ce report se fait en deux temps chez Mercure. D'abord une coloration affective, qui confinerait à la sentimentalité, ou éventuellement à la simple sensiblerie, si elle n'était rapidement inhibée, contrôlée, maîtrisée — et c'est le deuxième temps — par une intelligence analytique, critique et, de toute manière, dominante. L'homme est mû par l'activité cérébrale, qu'elle soit une élucubration fantasmatique — cela se produit sous l'effet de la subjectivité et de la passion — ou bien la construction de brillants édifices de la pensée, portant sur la mathématique pure ou sur la prospective macro-économique. Large de conception à défaut d'être large d'esprit, Mercure a une faculté d'intégration et de « traitement» de données abstraites aux confins du prodige. Une mémoire extraordinaire, associée à sa sensibilité d'éternel adolescent, fera de lui, par exemple, un amateur d'art ou un critique dont la finesse de la perception n'aura d'égale que l'acuité du jugement. A l'inverse, on ne le verra qu'exceptionnellement pratiquer lui-même un art quelconque — mais la critique est sans doute un art — tant soit peu manuel. Seuls les raffinements de la danse, ou bien la rigueur des constructions musicales complexes recueilleront éventuellement ses faveurs au point de s'y adonner soi-même. Esthète, donc, éphèbe spartiate, d'une certaine manière, dans l'Antiquité, moraliste rigoureux et normatif aujourd'hui, ce spiritualiste tient pour vrai et « substantiel» ce qui tombe sous l'expérience intellectuelle, sous la « sanction de la raison», dans la mesure exacte où Terre le tenait pour fallacieuse argutie. C'était la négation de l'âme chez Terre, et c'est la primauté de l'âme chez Mercure, sans qu'il soit question ici de religiosité, qui n'est qu'épiphénomène. Il n'est question que de conscience, en fait d'âme. Il y a pourtant un point commun dans le comportement naturel de Mercure et dans celui de Terre. L'un et l'autre ont le « don» de s'isoler, de tenir à distance les « importuns». Est-ce, chez Mercure, le fait de cette cérébralité « supérieure», ou bien celui de cette sensibilité d'« écorché vif», ou bien encore celui de ces inhibitions qui dictent commandements, préceptes, normes et règles comme autant de prescriptions frustrantes, aussi bien pour soi-même que pour les autres, ou bien enfin celui du processus décrit à propos de Vénus, qui est propre aux tempéraments nerveux, et qui se traduisait chez ce dernier par la fuite dans le bavardage, alors que chez notre Mercure il s'agirait de la fuite dans l'isolement? Chacune de ces raisons contribue probablement pour une part à déterminer ce comportement. Mais il s'agit, à l'inverse, de « stimuli» très étrangers à la personnalité de Terre, dont la méfiance congénitale suffit amplement à l'expliquer. L'imagination vagabonde et indolente de LUNE La morphologie Lune est l'être qui, morphologiquement et psychologiquement parlant, est resté le plus proche de l'état initial du nourrisson. Comme ce dernier, il accède aux joies intenses et quasi exclusives de la vie purement végétative, « symbiotique», la satisfaction des fonctions vitales élémentaires suffisant pratiquement à combler son existence. Un être passif et heureux. Le visage est en forme de lune, et replet. Les amas graisseux ont gagné les moindres recoins de la physionomie. De même pour son corps, envahi par les chairs onctueuses qui enveloppent les contours, d'abondance. On ne peut parler de Lune qu'au superlatif: hyperdilatation, hypo-sthénie, hyper-plasticité du caractère (et hyper-adaptabilité, mais à quel type d'environnement et pour quel type de vie? c'est ce que nous préciserons plus loin) et hyper-ouverture au monde extérieur. Les yeux sont ronds, globuleux, quelque peu exorbités: les fentes des paupières sont comme « pleines», repoussées par les globes oculaires qui en occupent la presque totalité de la surface. L'orbite est très apparente, le sillon profond qu'elle trace au-dessus des paupières se prolonge en dessous par des cernes prononcés qui vieillissent prématurément l'allure, sans autre préjudice pour la juvénilité du caractère qui, elle, est persistante. L'« encadrement» des yeux est accentué par les sourcils haut placés, fortement arqués, peu fournis et courts, au demeurant. L'expression est rieuse, mais un peu figée. La coupole du front forme une arcade elliptique, en ogive, qui se rétrécit progressivement en remontant vers le sommet du crâne, peu garni de cheveux fins et clairsemés, de couleur claire. Le front est uni, lisse et enrobé. Le nez est court, droit ou retroussé — concave —, d'arête très large et effacée. La base du nez est épatée, les narines sont dilatées, grandes ouvertes. La bouche est relativement petite, les lèvres ourlées, arquées, candides, et pendantes dans sa mimique habituelle (celles d'un enfant absorbé ou médusé par l'observation, et qui « baye aux corneilles»), comme « tirées» par la masse imposante du double ou triple menton, très enrobant, qui met une touche finale de mollesse et d'empâtement à ce visage qui en est, par ailleurs, surabondant. Le modelé est avachi et les chairs flasques. Flaccidité et obésité amenuisent considérablement les ressources vitales de l'individu, chez qui elles déterminent un niveau d'activité et de dynamisme voisin du néant. ## La personnalité Pléthore de rotondité et pléthore d'oisiveté chez Lune. L'opulence des formes n'a d'égale que celle de l'imagination. Tout effort, tout projet ne peuvent être que vains et chimériques. Seule la fantaisie recueille ses faveurs: l'illusoire, le romanesque, la rêverie nonchalante et douce. De la douceur il fait un besoin universel et permanent: douceur de vivre, douceur des relations avec autrui, comme avec soi-même. Le laisser-faire, le laisser-vivre, le laisser-aller sont promus ici au rang des préceptes fondamentaux de l'existence, la solitude étant, à l'inverse, perçue et vécue comme un épisode dramatique, le mot étant évidemment trop fort compte tenu du peu d'émotivité dont est frappé notre homme. La vie inconsciente est particulièrement riche, bien que peu féconde, et régressive parce que profondément refoulée. Nous l'avons dit, seule la vie des sens et des fantasmes a droit de cité. L'oralité domine, bavardage et gourmandise. L'insatisfaction des sens vaut frustration, qui trouve de nombreuses compensations, toutes passives, alors qu'intervient la régression de la conduite et de la personnalité vers les stades infantiles et leurs modes primitifs, archaïques, ainsi que leurs modèles manipulateurs, la recherche instinctive, notamment, de « signes de reconnaissance» que pourrait lui prodiguer son entourage. Lune est un « récepteur» et un spectateur, un accumulateur inerte d'impressions et de songes. Une personnalité mollasse et spongieuse, aboulique et, pour le moins, velléitaire, incapable de traduire en actes les décisions que sa volonté, défaillante et fugace, lui dicte à l'occasion. L'indolence, la douce félicité dans lesquelles il s'installe lui ouvrent un accès privilégié au bonheur. Établi dans la béatitude — avec autant d'ardeur que ceux qui se plongeraient dans le travail ou bâtiraient des empires —, il dépensera ses faibles ressources d'énergie à ménager la pérennité de cet « état de grâce»: en prodiguant mille sourires ici ou là, mille plaisanteries doucereuses et naïves, parfois un peu grasses, ou grivoises. D'où cette personnalité facile, coulante, attachante à plus d'un titre: charmeuse, courtoise, conciliante à l'extrême, et suspecte, malgré tout, de profonde indifférence. Le faible retentissement des sollicitations affectives ou impulsives contribue largement à faire de lui un être accommodant, ignorant la rancune, toujours prêt à accueillir les moqueries, nombreuses, que lui lance son entourage — et qui ont le plus souvent trait à sa morphologie, à son appétit, à son inactivité chronique —, des traits d'ironie pourtant méchante, mais qu'il accepte comme des marques d'intérêt, comme la satisfaction de ses attentes toutes particulières et impérieuses de chaleur humaine. L'imagination active et créatrice de SOLEIL ## La morphologie La personnalité de Soleil est diamétralement opposée à celle de Lune, de même que sa morphologie. Par contre, on peut le remarquer de prime abord, cette dernière n'est pas sans rappeler celle de Mercure, et il est assez commode de la décrire par comparaison, point par point. Tous deux sont des cérébraux, marqués, en ce qui concerne la forme du cadre du visage, par une dilatation saisissante de l'étage supérieur, qui fait contraste avec la rétraction générale du visage et du corps. Le front s'évase en de larges échancrures, taillées « en plein cintre» à la racine des cheveux, avec, chez Soleil, deux caractéristiques qui le distinguent franchement de celui de Mercure. Ici, il est plus large que haut, d'une part, et fortement « différencié», d'autre part, pour utiliser un terme du jargon de la biologie. La surface du front n'est plus, en effet, lisse et unie, mais inégale, nuancée de creux et de protubérances, aux arcades sourcilières et dans la partie supérieure pour les secondes, dans la partie médiane pour les premiers. De plus, des crêtes temporales bien visibles distinguent ici très nettement l'aire frontale des aires latérales. En descendant, nous constaterons que les sourcils sont plus fournis, moins arqués, plus bas sur l'orbite; les yeux plus grands, d'un dessin plus ferme, d'expression plus « ouverte», et plus « tendre» aussi; le regard est moins furtif et agité, les mouvements des yeux étant mieux maîtrisés; l'arête du nez est beaucoup moins acérée, un nez droit, plus large à la racine comme à la base légèrement plus proéminent; les ailes des narines sont plus charnues, et moins frémissantes. Le bas du visage fait apparaître des différences plus sensibles encore. Le menton n'est plus pointu, mais carré; bien que peu large malgré tout, il est solidement taillé dans la mâchoire inférieure, une mâchoire plus solide, aux mandibules discrètement apparentes; les lèvres aussi sont plus charnues, de ligne raffinée; la bouche plus grande, les pommettes plus pleines et de modelé plus énergique et consistant. Le cheveu, enfin, est plus abondant, ondulé, blond le plus souvent; le cou est moins gracile, et moins long. Ainsi donc, sur un bâti triangulaire comme celui de Mercure, Soleil inscrit des traits que l'on peut aisément reconnaître, et qui vont définir une personnalité tout autre que celle de l'excitable et fragile « dieu aux pieds ailés». ## La personnalité Cérébral en premier lieu, toutes les attitudes psychologiques, ainsi que le comportement de Soleil seront dominés par la spiritualité et l'intelligence. Mais une intelligence concrète, centrée sur la réalisation, une intelligence universelle, capable aussi bien d'analyse que de synthèse, une intelligence réflexive, active et imaginative à la fois, et donc créatrice. La mobilité intellectuelle, focalisée sur des centres d'intérêt que Soleil sait limiter à des finalités et à des objectifs précis et réalistes, ancrés sur les réalités quotidiennes et tangibles (comme Terre, mais avec des « moyens» démultipliés), cette mobilité cérébrale sera donc mise à profit par Soleil pour la réalisation de projets ambitieux et tenaces — souvent d'un seul projet, unique mais large, pour toute une vie — qu'il saura nourrir et réaliser avec ferveur, avec passion. Créatif, Soleil est un virtuose de la conceptualisation du sensible et de la matérialisation de l'imaginaire. Il sait, avec brio, voir immédiatement ce qui rapproche et ce qui distingue les choses aussi bien que les idées, ce qui détermine une démarche inventive et une approche « heuristique» des problèmes à résoudre, une démarche et une approche « de découverte». Il est aidé en cela par une sensibilité très vive, très ardente, mais aussi toute de finesse et de belle sérénité. Il y a beaucoup de pénétration dans ce regard franc et clair. Il y a beaucoup de raffinement dans ses relations avec autrui. Il y a beaucoup de subtilité, de vivacité et de présence, tant dans son discours que dans son jugement, ou dans ses sentiments — et dans ce qu'il en affiche. En somme, il y a beaucoup d'habileté dans la gestion de ses ressources affectives et intellectuelles. Il mettra précisément cette habileté à profit dans la réalisation de ses inspirations, de son dessein personnel, dans la satisfaction de ses penchants et de ses enthousiasmes. Tous les caractérologues s'accordent à reconnaître dans la personnalité de Soleil une sorte de synthèse idéale des différentes tendances du caractère et du comportement (pour autant que le terme « idéal» ait un sens quelconque en l'absence de norme objective pour les contraintes, et de modèle tangible pour les aptitudes). Un « Moi» bien affirmé, qui ne renie rien, ou presque, des pulsions primaires du « Ça», tout en valorisant les attributs du « Sur-Moi», qui enrichit de « valeurs supérieures» les sollicitations des instincts, cet équilibre qui fait une personnalité « forte», au sens que donnent à ce terme les psychanalystes, une personnalité stable, cohérente, volontaire: saine. De cette stabilité, de cette sérénité, de cette objectivité, de cette persévérance, de cette cérébralité féconde et polyvalente, Soleil tire son « rayonnement naturel» auquel peu de personnes, dans son entourage, sont insensibles, son ascendant spontané, dont l'harmonie et la finesse des traits du visage ne sont pas les moindres facteurs, son « aura» prestigieuse — surtout dans les pays latins, il faut bien le dire, très ambivalents sur ce sujet —, dont il saura bien entendu tirer le meilleur parti dans l'accomplissement de sa vocation. Est-il besoin de préciser que, généralement, il y parvient?
Les planches

Jupiter est le type même du Dilaté moyen. Équilibré, le visage s'inscrit dans un rectangle large, aux bords arrondis. Frappé de calvitie précoce, le crâne se dégarnit dès la fin de l'adolescence.

Cette mixture de « bon vivant», faite de matérialisme, d'affectivité, et pourtant d'une pointe d'indifférence, est le fruit de la souplesse de son tempérament.

A la dilatation générale du visage de Jupiter, celui de Saturne oppose une rétraction uniforme. Long, étroit, « effilé», sa forme est celle d'un rectangle très allongé; expression peu avenante, un air renfrogné.

L'homme des cercles vicieux, on le voit bien! L'individualisme et la subjectivité se paient cher, aussi bien pour Saturne que pour son entourage.

Une morphologie de Rétracté dont le profil « en museau» fait saillie en avant pour ce qui est du nez et du menton, alors que le front, bas et fuyant, opère un recul de l'ensemble du crâne, accentuant l'allure volontaire et dynamique du personnage.

Irascible, ne se maîtrisant en aucune manière, notre Mars est un fonceur coléreux et soupe-au-lait, bilieux, parfois acariâtre, toujours prêt à exploser.

Le visage de Vénus est de forme ovale aux lignes douces et enveloppées. Tout est rond, tout est enrobé, tout est tendre sur ce visage, dont les joues rebondies sont le signe distinctif par excellence.

Il devient alors conciliant, par la force des choses: c'est sa forme de sociabilité, faite d'amabilité, de douceur, de souplesse, de maniabilité et de civilité.

Terre est un roc de basalte qui a pris forme humaine. Un individu taillé dans la pierre, massif, pesant, tout de muscles tendus sur une structure monumentale; cadre en trapèze attaché au corps par un cou de taureau.

Il est bien un peu tout cela, ce terrien, chasseur de fantasmes comme d'autres chassaient les sorcières, et, à ce titre, il joue un rôle éminent dans l'édification des sociétés et des cultures.

Un visage qui s'inscrit dans un triangle long, pointe en bas. Un visage émacié, excessivement rétracté à l'étage inférieur, démesurément élargi à l'étage cérébral; front large, plus haut que large, lisse.

Ce spiritualiste tient pour vrai et « substantiel» ce qui tombe sous l'expérience intellectuelle, sous la « sanction de la raison»; c'est la primauté de l'âme chez Mercure.

Le visage est en forme de lune, et replet. Les amas graisseux ont gagné les moindres recoins de la physionomie; un être passif et heureux, resté proche de l'état initial du nourrisson.

Une personnalité mollasse et spongieuse, aboulique et, pour le moins, velléitaire; pléthore de rotondité et pléthore d'oisiveté.

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