Le dictionnaire des visages
Mars — la famille des colériques
Mars est un Émotif et un Actif, chez lequel les effets Primaires du Retentissement sont prépondérants. Émotif et Actif, il mobilise une énergie considérable dès que la moindre contrariété s'oppose à sa volonté. Et elles sont nombreuses ces contrariétés, vécues comme de véritables frustrations par ce Rétracté (Introverti) dominé par la subjectivité. De plus, il ne faut pas oublier que Mars est un Affectif, aux pommettes saillantes, proéminentes et anguleuses de surcroît, et d'un modelé Sthénique. Il a fait bonne provision de ressources vitales somatiques, et l'affectivité est son mode habituel de réaction à l'événement. Affectif, Sthénique, il est aussi Instinctif par la seconde dilatation relative, de l'étage inférieur, c'est-à-dire un impulsif dont l'affirmation de soi est d'une remarquable constance dans le comportement, se traduisant par une volonté forte et tenace, permanente et inflexible à vrai dire, de dominer le milieu. On admettra aisément le caractère contraignant et quasi tragique de tout ce qui s'opposerait à la stabilisation bien précaire de son équilibre. Émotif et Primaire, la vivacité de ses réactions émotionnelles et, inversement, le peu de séquelles qu'elles laissent sur son comportement ultérieur témoignent de manière éloquente de ce double trait de caractère. C'est ici que se situe le « drame» de Mars. Chacun de nous vit ses contradictions comme il l'entend et comme il le peut: la rétraction générale du visage de Mars est celle d'un Introverti, qui devrait être « normalement» un Secondaire, maîtrisant et retenant ses réactions, puis ruminant inlassablement l'objet de ses insatisfactions, comme tout être subjectif, coupé dans une certaine mesure de la réalité du monde environnant; mais la structure de son front, fuyant, d'une part, comme celui des êtres orientés vers l'action, et marqué de bosses sourcilières proéminentes et hautes, d'autre part, qui dénotent l'acuité de l'observation du prédateur — de l'épervier qui guette sa proie —, cette structure particulière du front, faite à la fois de rétraction relative et de dilatation, montre des tendances évidentes à l'Extraversion. Pour un Extraverti, la relation à l'objet constitue un lien solide aux réalités concrètes et matérielles de son environnement. Nous trouvons ainsi, chez Mars, un premier cas d'Introversion compensée par des facteurs d'Extraversion, inconscients et régressifs, dont la brutalité de la conduite agressive n'est pas le moindre résultat. Retirez donc un jouet des mains d'un enfant en bonne santé, et vous constaterez bien la promptitude, toute « Primaire» et vigoureuse, de sa riposte! Un Émotif, Actif et Primaire, un Rétracté Sthénique, dont la mimique est d'une grande mobilité, un Affectif-Instinctif pour finir, voici donc Mars, le Colérique, qui va générer, par le jeu de multiples compensations — qui se traduiront alors par des modifications successives de sa morphologie —, une famille entière d'individus qui lui doivent tous les tendances dominantes d'agressivité de leurs personnalités, mais teintées ici et là de nuances importantes et variées. Plus s'accentuera la rétraction du cadre du visage — par la combinaison avec Mercure, ou Saturne —, et importantes et variées. chée. Au contraire, plus la compensation de dilatation, partielle ou totale, sera possible — par les apports d'un Jupiter ou d'un Terre — et plus, au contraire, se développera l'objectivité et le lien avec le milieu, l'efficacité du sujet dans l'action. Mais ce n'est pas si simple. Soleil, le Rétracté, lui conférera de sa Secondarité, de sa pondération, de sa maîtrise de soi, mais sans rien lui retirer de ses ressources actives, alors que Saturne, Rétracté et Secondaire lui aussi, mais non Actif, détruira partiellement son dynamisme. Ici, il est question d'apport de Sthénie pour le premier, ou d'Asthénie pour le second, de compensation « dynamisante» ou « inhibante». Aussi, faut-il voir tous les cas de figure, ceux des compensations partielles, qui ne modifient que l'un des facteurs fondamentaux du caractère, non-Émotivité, non-Activité, ou Secondarité; puis ceux des compensations « croisées» et de leur kyrielle de contradictions plus flagrantes, où deux facteurs sont modifiés simultanément avec ce que ces contradictions sous-tendent de conflits intérieurs, dont la personnalité de base saura ou non tirer parti; et nous garderons pour la fin le cas le plus complexe, où il faut concilier l'inconciliable, l'impétuosité de Mars et l'indifférence de l'apathique, une combinaison de deux Rétractés qui sont pourtant aussi éloignés l'un de l'autre que faire se peut. Voici donc, avec Mars, une famille de Colériques, dont chacun des types présentés peut, à son tour, et soit dit en passant puisque ce sera le cas général de toutes les familles présentées dans ce dictionnaire, donner lieu à d'innombrables variantes, que la quatrième partie de ce dictionnaire permettra alors d'identifier. Compensation partielle Moins affectif: le type MARS-JUPITER ou la sociabilisation d'un irascible En apaisant son Émotivité, Jupiter offre au Colérique un peu de sérénité, une réconciliation certaine avec les faits. Jupiter élargit le champ des échanges avec le milieu en même temps qu'il dilate le cadre du visage, qu'il redresse le front (en atténuant du même coup la saillie des bosses sourcilières) et qu'il ourle quelque peu la lèvre supérieure. Les colères de Mars-Jupiter sont, par leur Primarité et leur vigueur, inouïes de violence et de soudaineté. Elles constituent un garde-fou fort efficace contre les importuns. Rares cependant, elles n'affectent qu'accidentellement la conduite habituelle du sujet, qui est gaie, ouverte, un tantinet désinvolte et inconsciente, d'une bonne sociabilité. Les allusions à la chose sexuelle sont nombreuses dans son discours. Mars-Jupiter et, plus encore, Jupiter-Mars sont très proches du Colérique Extraverti qu'a décrit Le Senne dans sa caractérologie. Compensation partielle Plus souple: le type MARS-VÉNUS quand s'étanche la soif de combat En atténuant la Sthénie, Vénus désorganise la mâle assurance de Mars, cette superbe qui en faisait un être dominateur, un être qui, à présent, se laisse prendre à des élans de tendresse et de bonhomie. Mais si Vénus arrondit les angles, il n'atténue en rien l'anxiété du sujet car les émotions restent très fortes, et la Primarité pousse aux réactions désordonnées et incontrôlées. Sur le plan de la morphologie, les apports de Vénus sont très variés, tantôt redressant et bombant le front (redressant en même temps les oreilles et atténuant la saillie des récepteurs inférieurs), tantôt ourlant et colorant les lèvres, ou arrondissant en le reculant le relief du menton, et tantôt écartant les fentes des paupières, en affaissant parfois les commissures externes et en « comblant» l'orbite. Mais presque immanquablement, le dos du nez est plus enrobé, l'arête étant alors infiniment moins tranchante qu'auparavant, alors même qu'il « pointe» toujours de façon menaçante. Mars-Vénus enfant a une mine assez déconcertante dans la mesure où l'on attribue à ses « yeux de biche» une douceur qui n'est qu'un faux-semblant, et qu'on ne retrouve pas dans sa conduite habituelle, assez violente et intempestive. Compensation partielle Moins agissant, plus isolé, le type MARS-MERCURE ou l'intellectualisation d'un « fonceur» Sur le plan purement théorique du profil caractériel classique, l'apport de Mercure est strictement le même que celui de Vénus. Mais l'observation du comportement de Mars-Mercure démontre qu'il est à l'évidence foncièrement différent de celui de Mars-Vénus, comme en témoignent, d'ailleurs, les morphologies, aux antipodes. La différence tient ici à la compensation d'Extraversion qu'offre Vénus opposée au renfort d'Introversion qu'opère Mercure. Le résultat est tout à fait explosif, s'agissant de la vie relationnelle de notre sujet. Il ne faut pas oublier que la Sthénie est considérablement atténuée. Éteinte est la résistance physique, qui paraissait pourtant extraordinairement inépuisable. Inhibée aussi, dans une large mesure, sa nouvelle vie instinctive, au profit d'un cadre rigide de normes de conduite, souvent d'ordre moral ou religieux. Au total, il ne reste de l'affirmation de soi qu'un canevas caricatural. Le sujet Mars-Mercure devient, de ce fait, diablement épidermique. La résistance aux « assauts» de ses protagonistes n'est plus qu'un misérable souvenir: il s'emporte à contresens ou se réfugie dans le mutisme alors qu'on attendait une saine explosion de colère, il se croit persécuté alors qu'on ne voulait que l'aider; ses blessures d'amour-propre sont désormais maladives; ses sautes d'humeur impatientent son entourage, las de la tournure cyclothymique que revêt désormais sa conduite quotidienne. Cette dernière était décousue chez Mars-Vénus, mais ronde et aimable, en dernière analyse, alors qu'elle est véritablement démotivante chez Mars-Mercure, le hérisson. On mesurera avec lui l'effet désastreux que peut produire sur le plan relationnel une perte de Sthénie quand elle n'est pas compensée par l'Extraversion, alors que sur le plan purement individuel cette compensation d'Asthénie est, au contraire, relativement bénéfique: l'élargissement des centres d'intérêt, plus de sensibilité à la chose esthétique ou scientifique, plus de finesse dans l'analyse. L'intellectualisation de cet être somatique qu'était Mars enrichit considérablement ses aptitudes intellectuelles, même si ce gain ne porte que sur les facultés abstraites et souvent au détriment de la perception concrète du monde sensible. L'individu se référera volontiers à des « ratios», à des coefficients ou à des pourcentages pour évaluer des faits ou des performances plutôt qu'à des unités de mesure absolues, et intellectuellement accessibles à tout un chacun, ce qui ne va pas sans présenter quelques avantages mais sans creuser aussi profondément le fossé qui le sépare de son entourage, qui n'est pas toujours familier de ces modes d'appréciation. En somme, on ne peut qu'espérer, sur le plan professionnel, pour Mars-Mercure, un rang hiérarchique suffisamment élevé pour que subsiste un niveau satisfaisant de relations avec ses collègues, quand bien même ces relations ne seraient que purement formelles, ce qui, d'ailleurs, lui convient assez bien et même n'est pas sans lui apporter quelques satisfactions d'amour propre. La domination physique de Mars se marie assez bien, de ce point de vue, avec la domination intellectuelle de Mercure. Du point de vue morphologique, les modifications de traits sont souvent très notables: la dilatation du front avec disparition ou atténuation des bosses sourcilières et des crêtes temporales; les sourcils plus fins et relevés; les yeux plus petits et encore plus mobiles que chez Mars; le nez plus fin, plus tranchant, plus court, les lèvres plus pincées; le menton plus pointu; la mâchoire inférieure plus haute et plus effacée; l'oreille redressée, de même que le profil, parce que le front est moins fuyant et le bas du visage moins saillant. Le port de tête est plus altier aussi: Mars-Mercure « regarde de haut», selon l'expression populaire. Le cou est plus fin et le corps plus léger, sensiblement moins musclé et plus haut de taille. Mars-Mercure a fière allure. Une allure dite « aristocratique», ce qui confirme son sens aigu de l'élitisme. Compensation partielle Moins impulsif: le type MARS-SOLEIL ou le rayonnement et l'efficacité du lutteur créatif On a tendance à confondre individualisme et volonté, à cause de la puissance du quant-à-soi des Introvertis. Mais quand on allie l'autonomie mentale de Soleil à l'indépendance somatique de Mars, quand on allie la puissance de réalisation de Soleil à l'affirmation de la personnalité de Mars, et quand on « additionne» les Introversions de l'un et de l'autre — pour autant que l'addition soit une opération de quelque valeur en psychologie —, on ne peut pas être surpris par l'extraordinaire efficacité de Mars-Soleil, à laquelle s'ajoute un sens peu banal de l'exclusive, tant sur le plan des idées que sur le plan des relations avec l'entourage. Quelque peu manichéen, Mars-Soleil! Dans la vie professionnelle, il confirme l'observation empirique selon laquelle les Introvertis Sthéniques s'avèrent fréquemment « activistes» plus qu'actifs, et, qui pis est, « manipulateurs» quand ce sont, de plus, des Cérébraux, comme Mars-Soleil et Soleil-Mars, deux « entraîneurs» d'hommes par excellence. Compensation croisée, dynamisante Plus persévérant et moins vulnérable: le type MARS-TERRE ou la « force de la nature» Ici, Terre apaise l'émotivité de Mars, comme le faisait Jupiter, mais apporte, de plus, une certaine Secondarité dans le comportement, une organisation de l'énergie, une meilleure structuration du temps. Mars devient ainsi un réalisateur déterminé, ardent, opiniâtre jusqu'au pur acharnement, et parfois jusqu'à l'intolérance. Nous avons remarqué plus haut que le Rétracté Sthénique se manifeste souvent par un comportement autoritaire, autocratique, voire despotique, d' « actant» pour parler comme les sociologues (alors que les Rétractés Asthéniques sont plutôt des « agis» et les Dilatés Sthéniques des « acteurs»). Quand la cérébralité n'est pas une ressource disponible, ce qui est le cas de Mars-Terre, on assiste alors à des pressions physiques — contraintes corporelles; ou affectives — chantages aux sentiments. Morphologiquement, Terre dilate les mandibules, atténuant ainsi la saillie des pommettes et creusant les tempes; de plus, il redresse un peu l'inclinaison du front tout en le bosselant, ce qui n'est pas le cas de la jeune personne qui illustre notre type et qui conserve la Primarité de Mars dans une large mesure, par souci de vraisemblance. L'illustration masculine est plus représentative. Compensation croisée, inhibante Plus sombre et réservé: le type MARS-SATURNE l'inébranlable quant-à-soi, ou le règne de l'irrationalité Les bouleversements morphologiques qu'opère Saturne sont d'importance: redressement et différenciation du front, qui est moins bas; effacement du menton et de la mâchoire inférieure; allongement du nez; creusement de l'orbite: le visage tout entier s'allonge considérablement, se rétrécit, se burine et se durcit, tout comme l'expression du regard. La saillie des pommettes est accentuée par le retrait en arrière de la mâchoire supérieure, sous les narines. Le moins physionomiste des observateurs notera chez Mars-Saturne le règne du conflit. La compensation est double, sur fond d'Introversion: Sthénie de Mars et Asthénie de Saturne, Primarité de Mars et Secondarité de Saturne. La Secondarité de Terre apportait de l'organisation à un être impulsif aux riches ressources actives, celle de Saturne apporte l'« organisation des tranchées» à un impulsif désormais inhibé. L'individu s'organise « de l'intérieur», comme on arme un bastion pour résister coûte que coûte aux violents assauts du milieu. C'est le réflexe d'autodéfense, voire de simple conservation, du cerf à courre. L'esprit méthodique de Terre devient système avec Saturne. Conflit d'Activité, conflit de Retentissement et hyperémotivité, tout cela est très déstabilisant pour un Affectif. Il en résulte une irrationalité chronique du comportement dont l'effet, pour l'entourage, est démultiplié par le mutisme qu'observe d'ordinaire notre sujet. La rumination mentale prend allure d'entêtement ou d'obstination. L'acharnement fébrile qu'il met à imposer ses points de vue ou ses décisions est alors d'autant moins compréhensible qu'il fait part de ses motivations avec plus de difficulté ou de maladresse. Ce chef, qui lance ses troupes au combat mais manque de souffle, conserve péniblement un pouvoir auquel il tient tant. On fera aisément la différence avec le manipulateur Mars-Soleil que nous avons vu plus haut. Elle tient à l'Asthénie et à l'Introversion, ici accentuée. Compensation croisée, inhibante Proche de la rupture: le type MARS-LUNE quand on ne sait plus sur quel pied danser Nous demeurons dans le domaine de l'irrationalité avec Mars-Lune, mais pour des raisons et de manière différentes. Le personnage qui le représente en illustration est issu tout droit d'on ne sait quelle « conquête de l'Ouest» où, juché sur chariot, il hurle à la mort en se jetant éperdument dans la cohorte des Sioux... contre toute chance plausible d'en sortir autrement qu'éclopé. Tel est Mars-Lune, dont l'imagination débordante et l'optimisme impénitent font un camarade bien plaisant, très primesautier, et alternant des instants de sérénité enjouée et d'humeurs mordicantes, aussi intempestives que puériles, tant pour l'une que pour les autres. On pouvait bien prévoir que lorsque la Sthénie et l'Émotivité, de même que l'Introversion, responsables en majeure partie de l'agressivité et de l'anxiété de Mars, se compenseraient en Asthénie, en non-Émotivité et en Extraversion, cette agressivité et cette anxiété ne pourraient que se muer en des conduites « dégradées», de simples taquineries ou de vagues appréhensions, vite enfouies dans le refuge de l'inconscient. Les compensations morphologiques sont très variées. De dilatation Asthénique par priorité, bien entendu. Mais aussi d'ouverture des récepteurs sensoriels, les yeux, les narines, les lèvres. L'apport de Lune se manifeste aussi par le front, plus haut, plus bombé, qui efface crêtes temporales et bosses sus-orbitaires, au profit des bosses frontales, au sommet du crâne. Le menton s'enrobe, et parfois se double. Le cheveu se fait plus rare et plus clair, tout comme l'iris, souvent gris ou bleuté.
Les planches

Introvertie, Affective, Sthénique, de mimique « agitée»: Mars, au féminin

Profil de Mars tendant à la Dilatation (Extraversion)

Profil de Mars tendant à la Rétraction (Introversion)

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