Le dictionnaire des visages
Les trois étages du visage
LES TROIS « ÉTAGES» DU VISAGE Les premiers physiognomonistes distinguaient deux zones spécialisées dans le visage: — la zone de la « rationalité», qui s'étendait du milieu du nez à la racine des cheveux; — la zone de l'« irrationalité», qui couvrait le reste de la face. Mais si l'on sait aujourd'hui repérer à peu près un individu au comportement dit « rationnel» ou « cartésien», guidé par la raison, on sait aussi que le domaine de l'irrationalité, lui, est très complexe, et qu'il réunit deux séries de comportements, de natures très différentes, que l'on peut observer et analyser séparément. Ce sont les comportements nés de l'affectivité du sujet et ceux qui relèvent de ses pulsions instinctuelles et de ses « tendances naturelles». Aussi la morphopsychologie peut-elle désormais dégager trois « étages» du visage, au lieu de deux autrefois, des étages dont les limites se définissent ainsi: — la zone supérieure, qui regroupe les yeux et le front; — la zone médiane, qui réunit le nez et les joues (au niveau des pommettes); — la zone inférieure, où se logent la bouche, le menton et la mâchoire inférieure, avec, à l'arrière, les os maxillaires plus ou moins saillants. Les trois étages du visage et leur interprétation psychologique | Vie Cérébrale | Vie Affective et relationnelle | Vie Impulsive et active | | --- | --- | --- | | Étage supérieur | Étage médian | Étage inférieur | | Motivations idéatives | Motivations émotionnelles et sentimentales | Motivations instinctuelles et végétatives | | Intérêts pour l'univers sensible et imaginaire | Intérêts pour les êtres et pour les relations avec autrui | Intérêts pour les choses matérielles et pour l'action | | Attitudes psychologiques vis-à-vis de la chose intellectuelle | Attitudes liées à la sympathie ou à l'antipathie | Attitudes liées au plaisir physique et à la possession | La dilatation relative d'un étage traduit une adaptation (Extraversion) sélective de l'individu: l'aspect correspondant de sa vie psychique tiendra un rôle prépondérant dans sa conduite habituelle, y compris verbale. Sur la carte du visage et ses lignes de démarcation telles que le schéma les représente, le morphopsychologue pourra ainsi examiner tour à tour: — la montée de la vie cérébrale, celle de la pensée ou de l'esprit; — la montée de la vie relationnelle et affective, celle des sentiments; — la montée de la vie des pulsions, de l'instinct, de l'action irréfléchie. Il remarquera d'abord que les proportions relatives de ces étages varient beaucoup d'un visage à l'autre et que cette différenciation se lit, en volume, dans les trois dimensions: largeur, profondeur et hauteur. Les deux premières nous avaient déjà servi, plus haut, à évaluer le degré de dilatation du visage entier. Il en ira de même, bien sûr, pour chaque étage, considéré isolément ou comparé aux autres. On pourra ainsi parler de « dilatations relatives» ou de « rétractions relatives» pour la plupart des visages qu'il nous faudra analyser et interpréter. LES CÉRÉBRAUX La dilatation relative de l'étage supérieur: Psychologie et comportement Mercure est le prototype même du Cérébral, le Cérébral Rétracté (c'est-à-dire introverti). Chez le Cérébral, c'est l'activité mentale qui prime, ou, si l'on préfère, la production de la « pensée», fruit du travail des neurones du cerveau et du système nerveux supérieur en général, pour simplifier. La croyance populaire veut qu'un grand front soit signe d'intelligence. Ce n'est là qu'une approximation grossière, dont l'examen plus fin de la morphologie du visage montre bien la fragilité. D'abord, on ne devrait pas parler d'un « grand» front, mais d'un front « large» ou d'un front « haut», car la largeur signifie dilatation, donc adaptation au milieu, et la hauteur tout autre chose, sur quoi nous reviendrons longuement plus loin. De plus, un front large ou haut n'indique pas l'intelligence, mais bien l'activité cérébrale, qui englobe des manifestations aussi diverses, par leur nature et par leurs effets sur la conduite, que l'imagination, la mémoire, la réflexion, la concentration, la déduction logique, l'observation, les facultés d'analyse et de synthèse, l'abstraction, l'étendue des centres d'intérêt, et bien d'autres propriétés encore. L'intelligence se mesure au poids relatif de ces différents paramètres sur le comportement ou la manière d'être, comme sur le « vécu» de l'homme « en situation», ce qu'il perçoit, ce qu'il retient, ce qui l'atteint dans les faits auxquels il participe ou qu'il observe, ce qui va « conditionner» sa conduite future, ou ses représentations mentales et affectives. La cérébralité de Mercure est, on l'a vu, d'une nature très particulière. Il s'oppose vigoureusement à Terre, par exemple, qui confond selon lui le concret et l'objet matériel. Pour Mercure, la pensée est concrète, elle s'observe et se mesure au même titre que n'importe lequel de ces objets qui retenaient l'attention de Terre. Elle est à proprement parler « objective». Pour le Cérébral, la pensée est une « motivation». La conduite est dirigée par l'idée, par la perception intellectuelle des choses, qui vaut appel à l'action, ou « stimulus». Pour le Cérébral « absolu», le concept ou l'imaginaire sont même les seuls stimuli de l'action, s'il y a action malgré tout, les uniques ferments de la pensée elle-même, les seules « réalités» en définitive. Pour prendre une image du côté de la nutrition, disons que l'aspect de la nourriture et l'idée qu'on s'en fait à l'avance comptent plus que le plat lui-même. La forme spirituelle l'emporte ici sur le fond (à savoir sa substance matérielle), tout simplement. On remarquera que c'est là, par excellence, une attitude bien étrangère à la psychologie d'un matérialiste! Il existe une « sensibilité cérébrale», un sens de la nuance, une perception le plus souvent intuitive, mais parfois analytique et déductive, de l'infime différence, très proche à vrai dire de la sensibilité « affective» dont on parlera à propos de la dilatation relative de l'étage médian, dans la mesure où elle influe sur la qualité relationnelle des échanges du sujet avec son entourage, tout en demeurant très différente par ses origines et ses répercussions physiologiques. Mais nous ne quitterons pas le sujet sans avoir encore rappelé qu'il y a Cérébral et Cérébral. Nous n'avons relevé qu'une dilatation relative de l'étage supérieur, soit une bonne adaptation aux choses de l'esprit, voire au monde sensible tel que l'individu le perçoit, par la définition même de la dilatation. Cette dilatation est bien « relative», par opposition à une rétraction générale du visage ou à une dilatation moindre des autres étages, c'est-à-dire à une prédominance de la vie cérébrale sur les autres manifestations psychiques. Mais cette première observation se fait sans présumer des autres signes distinctifs de cet étage, la Sthénie par exemple, avec le modelé du front ou des tempes, qui détermine la « vigueur» de la production cérébrale, son intensité, sa persistance; ou encore la structure et la mobilité du récepteur sensoriel propre à cet étage: l'œil, son orbite et son appareil de sourcils et de paupières, qui révéleront entre autres l'« ouverture» ou la « fermeture» du sujet au monde sensible ou idéatif. Ainsi les variantes qu'introduisent ces différentes caractéristiques morphologiques composeront non pas la personnalité d'un Cérébral en particulier, mais les personnalités de toute une famille, infiniment riche, de Cérébraux. Sans oublier non plus que la cérébralité de l'individu se teintera de mille nuances de comportement selon les apports des propriétés venues des autres étages. Bref, une double infinité de variantes pour cette immense famille d'individus. N'avons-nous pas clairement distingué un Mercure d'un Soleil, comme deux êtres foncièrement différents par leur comportement, leurs attitudes psychologiques, leurs centres d'intérêt, leur sociabilité, alors que tous deux sont de « purs» Cérébraux? Et cette remarque sur les « familles d'individus» vaudra tout autant pour la suite de cette section consacrée aux dilatations et rétractions relatives et « spécialisées»: nous obtiendrons ainsi d'innombrables types d'Affectifs et d'Instinctifs selon les mêmes critères de différenciation. LES AFFECTIFS La dilatation relative de l'étage médian: Psychologie et comportement Nous avons rencontré, dans le classement astral, deux spécimens d'Affectifs: un Rétracté, Mars, et un Dilaté, Vénus. Ni l'un ni l'autre ne sont de purs prototypes du genre, car leur visage à tous deux montre aussi une seconde dilatation relative, à l'étage inférieur, qui leur donne « de l'assise». On les dira donc « Affectifs Instinctifs», la dilatation de l'étage médian prenant le pas sur l'autre. De la même manière, on pourrait observer dans la vie courante des « Instinctifs Affectifs» pour la configuration inverse. En revanche, tous deux montrent qu'il existe deux manières bien distinctes, quant à leur tendance, d'être un « Affectif», c'est-à-dire l'un de ces individus chez qui domine la vie des sentiments, des émotions et des passions: une première manière, que l'on pourrait dire « positive» (si le critère relève de la sociabilité) comme chez Vénus, que les motivations affectives « portent» vers les autres, en des élans de tendresse, d'assistance, de bienveillance, et l'on dira alors « affectueux» autant qu'« affectif»; mais aussi une autre manière, « négative», comme chez Mars, dont les troubles affectifs, frustrants, le poussent plutôt à léser les autres, à les prendre pour victimes, à « marcher sur leurs plates-bandes», à les dominer, à en faire les exutoires de ses trop-pleins d'énergie émotionnelle. On peut donc parler de deux orientations différentes des comportements déclenchés sous le stimulus de l'affect, que nous avons nommées l'agressivité et la conciliation, en les reliant à la Sthénie et à l'Asthénie des sujets, c'est-à-dire au potentiel de leurs ressources énergétiques vitales. Notons aussi que le modelé des pommettes diffère de l'un à l'autre, par voie de conséquence. Chez le premier, les pommettes sont fortement saillantes, d'un modelé presque anguleux; chez le second, elles sont seulement doucement rebondies, d'un modelé tendre et délicatement nuancé. On pourra de même distinguer le style des Affectifs: chez le Rétracté, non sthénique en particulier, l'élan affectif naît de l'heureuse rencontre d'une émotivité peu maîtrisée (adaptation difficile) et d'un milieu favorable, ressenti comme tel: c'est alors un élan qui paraît intempestif, plus violent qu'il ne le faudrait et qu'il ne le voudrait, peu durable aussi puisque le Rétracté « rentre dans sa coquille» dès que le milieu cesse d'être tout à fait aussi accueillant et compréhensif, ce que ses débordements excessifs ne manquent pas de susciter: sourires narquois et entendus, murmures, parfois moqueries ouvertes ou holà, à moins encore que ce ne soient de nettes injonctions à la mesure. Chez le Dilaté, l'élan affectif peut être qualifié de « contrôlé» dans la mesure où il est permanent et natif. Nous l'avons décrit à propos de Vénus et ne reviendrons pas sur le trouble constant qui marquait sa conduite habituelle, Vénus pour qui le style séducteur et intuitif était à la fois une protection et une ouverture. Nous ferons en revanche la même remarque que celle qui distinguait le « Cérébral» de l'être « Intelligent», transposée à la dilatation relative de l'étage médian. Ici, il ne faut pas confondre l'Affectif avec l'être sensible ou l'être émotif. Il ne s'agit pas, en effet, de mesurer une quantité de troubles émotionnels, ni même un seuil d'excitation aux stimuli affectifs, car cette excitation peut très bien ne pas se traduire par une conduite visible, observable « de l'extérieur». Il s'agit plutôt d'évaluer l'action de l'émotivité (extravertie) sur la conduite du sujet ou, ce qui revient au même, l'adaptation de l'individu au domaine des sentiments. Bref, on peut être hypersensible, comme les grands romantiques du siècle passé, sans pour autant être qualifié d'Affectif, sans que la zone médiane du visage présente la moindre dilatation relative. Mais, à l'inverse, l'Affectif est certes un sujet vulnérable sur le plan des émotions, seulement sa conduite est de plus réellement et globalement régie par les stimuli émotionnels. Rien ne l'ébranlera autant que ces stimulants ou ces événements dépressifs. Rien ne déterminera autant sa relation aux autres que les sentiments d'antipathie ou de sympathie qu'il éprouve inévitablement à leur égard, ces répulsions ou ces affinités spontanées, qui ne se commandent en aucune façon, mais qui tiennent un rôle proprement tyrannique dans sa perception des gens et des situations. Pour reprendre l'exemple précédent, ce n'est ni le fait de savoir ce qu'est la faim, ni la présentation esthétique du plat qui conduira cette mère Affective à accorder autant d'importance à la nourriture de ses enfants, mais bien le contenu émotionnel qu'elle prêtera à cette nourriture: elle donnera ainsi d'elle-même, de son amour, bien possessif il est vrai, et bien égocentrique, mais c'est là de la « projection», de son inextinguible sentimentalité. Inutile d'ajouter que l'Affectif n'est pas vraiment rationnel dans sa conduite. Nous sommes bel et bien dans la zone dite « irrationnelle» de l'ancienne partition du visage en deux niveaux, et pas sans conséquence! LES IMPULSIFS OU INSTINCTIFS La dilatation relative de l'étage inférieur: Psychologie et comportement Les « bas instincts» ont leur « siège» dans l'étage inférieur du visage. Une coïncidence parmi d'autres. L'action impulsive est le propre des êtres irréfléchis. Celui qui cède au penchant de ses instincts élémentaires (le « Ça» de Freud, dit aussi l'« inconscient élémentaire») se donne pour « mission» d'accomplir les pulsions que véhicule le message génétique de l'humanité, ou l'« inconscient collectif», peu importe ici le débat, toujours ouvert, et, à l'opposé, de résister au refoulement de ces pulsions et à leur « sublimation», qui sont le fait des Affectifs et, plus encore, des Cérébraux. Ainsi défini, le tempérament de l'Instinctif, notamment chez le Dilaté, incarne l'une de ces personnalités « fortes» dont parlent certains psychanalystes et dont il était question plus haut, à propos de l'opposition entre les Rétractés, qui « ont de la personnalité» sans toujours posséder une « personnalité forte», et les Dilatés, qui ont « peu de personnalité» mais souvent une « personnalité forte». L'une de ces personnalités dont le type Terre est un bon étalon, un spécimen de ce qu'une conduite dictée presque uniquement par ces pulsions primaires peut produire de solidité, de fermeté dans le comportement, de bon sens dans la réaction, mais aussi d'égocentrisme dans l'attitude. Terre est un « modèle» de Dilaté Instinctif Sthénique. L'action n'est en rien inhibée chez l'Instinctif, et la satisfaction des besoins de possession, ou d'« appropriation» des choses, et de sensualité n'est aucunement freinée. Si bien qu'on ne trouve que peu de délicatesse et peu de sensibilité dans les rapports de cet être « avide», parfois jusqu'à la cupidité ou la concupiscence, avec ses semblables. Un être parfaitement adapté à une société qui chercherait à instaurer un climat d'émulation rude, « virile», un jeu social où « le meilleur gagne» sans discussion ni nuance, « bestialement». Pour ne pas manquer à la précaution utile que nous avons prise à propos des autres dilatations relatives, ajoutons qu'il ne s'agit pas de la « quantité d'instinct», ce qui n'a strictement aucun sens, mais du rôle dominant que l'instinct tient dans la conduite du sujet dit « Instinctif». L'homme n'éprouve ni plus ni moins que d'autres de sollicitations instinctuelles. La dilatation relative de l'étage inférieur, mesurée au niveau des extrémités saillantes des mandibules, ne fait que trahir la prééminence du rôle de ces pulsions élémentaires comme stimuli sur tous les autres stimuli susceptibles de motiver l'individu, et en particulier les stimuli affectifs et cérébraux. Ainsi, comme on l'a vu pour Terre, c'est l'instinctivité du sujet, doublée ici de Sthénie et d'une excellente adaptabilité, très maîtrisée, qui en fait ce bâtisseur porté par une inébranlable volonté d'agir, de vaincre, de construire, ce matérialiste que ne troublent ni les affects ni les concepts. On le voit: une volonté un peu fruste, rugueuse et âpre, celle d'un homme « efficace», d'un gagneur, qui subjugue son entourage par son impassibilité, à l'opposé de Mars, l'Affectif, ce batailleur impulsif comme Terre, mais dépourvu de l'assise instinctive qui fait la fermeté et la force de la personnalité de ce dernier. De l'expansivité comme caractéristique déterminante du comportement: La dilatation simultanée des trois étages du visage LE « CAS» JUPITER Nous avons présenté Jupiter comme un modèle d'équilibre, ce que nous sommes en mesure d'expliquer à présent. Jupiter n'est ni un Cérébral, ni un Affectif, ni un Instinctif, et le bâti rectangulaire du visage en témoigne avec éloquence: il n'y a ici aucune dilatation relative d'un étage ou d'un autre. Mais Jupiter est aussi un Dilaté par la largeur et la massivité du visage et du corps, un extraverti, et Sthénique par-dessus le marché. Autant dire que sa conduite empruntera à la fois à celle d'un Cérébral, d'un Affectif et d'un Instinctif. Cela explique du même coup la plasticité de son tempérament et sa sociabilité active. On note bien sûr des motivations d'ordre somatique chez cet hédoniste, mais on note aussi du physiologique et du mental dans sa sensibilité épicurienne. La finesse n'est nullement absente de sa quête du plaisir sensuel. Si, pour l'Instinctif, ce qui gouverne la conduite est la relation aux choses, au monde matériel des objets, au domaine des sensations, alors Jupiter est un Instinctif. Il suffit, pour s'en convaincre, d'observer son pragmatisme dans la gestion quotidienne de ses « affaires», de ses décisions, de ses choix. Si, pour l'Affectif, c'est la relation aux autres, aux êtres qu'il côtoie, qu'il « manipule» à l'occasion (ou qui le manipulent), qui l'emporte dans la conduite, alors Jupiter est aussi un Affectif. Il est loin d'être froid ou insensible, et il se laisse largement influencer sur ce plan, comme il est loin de laisser indifférents ses partenaires habituels, qu'il influence en retour. Si, enfin, pour le Cérébral, la relation aux idées, aux concepts, aux modèles spirituels constitue un guide majeur et autonome, alors Jupiter est lui aussi un Cérébral. Nous l'avons présenté comme conservateur, pondéré, parce qu'adapté, ouvert en tout cas au domaine intellectuel, même s'il ne lui reconnaît pas une valeur exclusive, ni même dominante. Ainsi, l'équilibre que réalise Jupiter est un dosage objectif et mesuré des trois tendances décrites, et son tempérament de sanguin s'explique par la domination passagère de l'une ou l'autre de ces tendances, renforcée par sa Sthénie, cette réserve de « santé» qui en faisait la « riche nature» décrite à son propos. L'INHIBITION CÉRÉBRALE La rétraction relative de l'étage supérieur: Psychologie et comportement Observer, évaluer et donc interpréter la rétraction relative d'un étage quelconque du visage soulève une réelle difficulté, car on peut légitimement la confondre avec la dilatation simultanée des deux autres étages. De même, il faut prendre en compte, dans cette évaluation, le degré de dilatation ou de rétraction générale du visage, autrement dit l'adaptabilité globale du sujet observé. Ainsi, les deux Affectifs Instinctifs déjà rencontrés, Vénus et Mars, présentent tous deux une rétraction relative de l'étage cérébral. Pour Vénus, le Dilaté, nous serons portés à dire tout bonnement que ce n'est pas un Cérébral, alors que chez Mars, le Rétracté, nous verrons plutôt une inhibition cérébrale, une sorte de refus, partiel ou total, de l'emprise des idées sur la conduite du personnage. Le cas de Terre est remarquable parce qu'il associe une dilatation générale du visage et une rétraction relative de l'étage cérébral, à partir des bosses sourcilières. L'analyse de cette configuration, plus délicate et un peu paradoxale, sera abordée plus loin. Le cas de Saturne, quant à lui, dont le bâti ne montre aucune rétraction relative en largeur de l'étage cérébral, mais chez qui l'on observe une rétraction du modelé à l'intérieur de l'étage, donc une inhibition de l'activité liée précisément à la production cérébrale, ce cas sera lui aussi traité à part. Nous ne le signalons dès maintenant que pour bien montrer qu'une observation insuffisante de la rétraction peut conduire à de fâcheuses erreurs sur la connaissance de l'être observé. La rétraction de l'étage cérébral est donc, chez les Dilatés, le signe d'une moindre adaptation au monde sensible, d'une perception insuffisante de la chose abstraite par exemple, au profit du concret matériel, de lacunes dans les facultés d'analyse ou de synthèse, bref d'une trop faible part accordée au mental conscient dans la réaction aux divers stimuli qui surgissent. En cas de conflit, ce sont l'intuition, le « sentiment» qui font office de guides, plutôt que la rationalité ou toute autre forme plus élaborée que le simple « flair» d'adaptation intellectuelle. Chez Mars, dont la rétraction générale du visage trahit une adaptation plus laborieuse, disons plus « difficultueuse» faute d'une maîtrise suffisante des ressources affectives et instinctives, la rétraction relative de l'étage cérébral en largeur et en profondeur (cf. le front fuyant) est cette fois une sorte de refus de recourir aux ressources de la production cérébrale, une sorte de méfiance envers le mental, inconsciente bien entendu. Cette inhibition se manifeste chez un Rétracté Sthénique par un « refuge dans l'action», ou dans la réaction, et pour en revenir à Saturne, nous opposerons ce refuge dans l'action au « refuge dans la réflexion» propre à ce dernier et qui, au contraire, inhibe l'action ou la réaction aux stimuli. Nous développerons plus tard, sur des cas particuliers, ces différentes formes d'assujettissement « positif» ou « négatif», par excès ou par défaut d'adhésion du sujet aux contraintes spirituelles ou affectives que révèle la rétraction relative de l'étage cérébral, et leurs diverses conséquences sur la conduite des individus. Mais nous veillerons à toujours examiner d'abord leur adaptabilité générale sur les deux autres plans de la personnalité. L'INHIBITION AFFECTIVE La rétraction relative de l'étage médian Psychologie et comportement de l'inhibition affective Il est de ces êtres, d'un excellent niveau d'adaptation, bien insérés dans la vie sociale et remarquables par leurs aptitudes intellectuelles et pratiques, mais dont la « philosophie» de la vie revient à mépriser les manifestations affectives en tout genre. Pour eux, toute sensibilité n'est que sensiblerie, tout sentiment que piètre romantisme, la tendresse que faiblesse, et l'émotivité que pathologie. On remarquera que chez ces êtres, qui sont des Dilatés, l'ampleur des étages cérébral et instinctif l'emporte largement sur celle de l'étage médian du visage. Cet étage se rétrécit, ce que l'on repère plus facilement de trois quarts que de face, ou, pire encore, de profil. Le massif des joues s'aplatit de part et d'autre des narines, et ce retrait ramène vers l'arrière le nez lui-même, au niveau de sa base, tout en incurvant un peu son arête. Cette inhibition affective est sans doute plus inconsciente chez les êtres à l'adaptation difficile, les Rétractés. Chez tel de ces généraux, solide stratège et homme d'action impulsif et robuste, chez tel de ces chefs d'entreprise, brillants planificateurs et pionniers ambitieux, tous des Dilatés, le refus de l'« état d'âme» est manifeste, et le sujet le revendique comme un titre de gloire, comme un signe conscient et délibéré de supériorité. Pour préciser, si la répression affective est au départ inconsciente, ignorée du personnage, elle ne sera aucunement niée mais au contraire vécue comme valorisante lorsque des tiers la lui révèlent (ceux-ci l'en accusant en général plus qu'ils ne l'en informent). Tandis que, chez le Rétracté, l'inhibition affective est enracinée au plus profond de la personnalité. Il s'en sert, inconsciemment donc, comme d'un bouclier, d'une sauvegarde, d'une protection involontaire contre l'intrusion des autres dans sa vie intime. Comme si cette « intrusion» risquait de l'atteindre dans son intégrité, dans son identité même. Le retrait du massif médian du visage engendre, dans le modelé de cet étage, un bouleversement des volumes, plus net chez le Rétracté que chez le Dilaté (à cause de la robe de graisse et, le cas échéant, du revêtement musculaire qui habillent plus abondamment le bâti osseux du visage de ce dernier), des « accidents de surface» qui prennent l'allure de ces paysages vallonnés, tout en creux et bosses, plus ou moins saillants ou doux selon le degré de Sthénie du sujet observé. Selon les cas, ce dernier tirera de cette répression affective des ressources nouvelles pour mener sa vie, ou de sérieux obstacles pour son comportement. Mais quoi qu'il arrive, il en résultera des attitudes de retrait sur le plan de la vie relationnelle. L'individu, prenant ses distances avec son entourage, devient plus froid, plus réservé, plus avare de toute marque de sympathie et de cordialité, parfois même de simple franchise. L'INHIBITION INSTINCTUELLE La rétraction relative de l'étage inférieur Psychologie et comportement Nous avons eu, avec Mercure, l'exemple d'un Rétracté particulier, inhibé sur le plan de la vie instinctive. Le menton est haut et pointu, les lèvres rentrées, le relief des mandibules inexistant, alors même que le visage, assez décharné, devrait plutôt faire saillir la mâchoire inférieure. Bref, c'est bien une rétraction relative de l'étage instinctif, étendue à toutes les composantes de cet étage. Chez le Cérébral, l'inhibition instinctive se traduit par l'exigence intellectuelle et morale de normes, parfois très étroites, austères, rigoureuses, et même spartiates, scrupuleusement respectées dans la conduite de sa vie. La « ligne» est tracée par un système de règles et de préceptes, de stricte obédience, que le sujet soit d'ailleurs mystique ou parfaitement agnostique. L'ascétisme, la rigidité des mœurs, le rigorisme et la pudibonderie sont des attributs presque inaliénables de ces personnalités, au même titre que le mépris du corps, et le Rétracté les tient pour autant d'« acquisitions de l'âme», qui y gagne en force et en fermeté, pour autant de vertus insignes. On voit bien que le sujet lui-même considère sa « résistance» comme une affirmation du Moi et non comme un affaiblissement de l'inconscient élémentaire ou des pulsions instinctuelles. Dans le cas limite des Rétractés extrêmes, cette pseudo-affirmation du Moi mène à une volonté de souffrance: le « pénitent» s'inflige alors des privations ou des situations de vraie mortification, le jeûne ou la frugalité excessive, la continence. Ce combat contre les instincts, contre les « exigences de la vie animale», ne prend pas le même visage chez le Dilaté. Ici, l'affectivité et la cérébralité, mieux adaptées, plus plastiques, procurent des exutoires « salvateurs» à la peine qu'a le sujet à se situer face aux incitations des instincts. On le voit même souvent se livrer, par réaction ostentatoire, aux jeux d'un certain libertinage, d'une certaine licence. Mais les plaisanteries gaillardes et les conduites impudiques ne sont, on le verra plus loin, que des compensations de façade, liées au caractère inconscient de l'inhibition instinctive et à ses diverses contraintes et sujétions. Le cas le plus fréquent, chez un Dilaté inhibé sur le plan instinctif, présente au contraire une profusion de manifestations affectives, d'épanchements cordiaux et vertueux, de débordements de tendresse et de sympathie. Ce qui revient à ne pas retenir ici la rétraction relative de l'étage inférieur du visage, mais au contraire les dilatations relatives des deux autres étages: ce sont des Affectifs Cérébraux. Quoi qu'il en soit, chacun aura compris que cette rétraction relative est celle qui suscite le plus de questions chez l'observateur extérieur, dérouté par l'ambivalence des sentiments et du comportement, qu'il ne peut manquer de remarquer, et qui est proprement déconcertante. De façon symétrique, le sujet lui-même se connaît fort mal, même s'il s'agit d'un Cérébral, et ne se connaît pas du tout s'il s'agit d'un Affectif. Le premier se construit un système de référence spiritualiste qui forme une protection tout intellectuelle ou morale et qui masque l'inhibition à sa propre introspection, par le réalisme apparent, par la rationalité, par la « hauteur de vue» de son approche de la chose instinctuelle. Le second, qui n'a pas la rigueur ordonnatrice de la vie relationnelle, se retrouve tout à fait désemparé devant toute approche de sa propre personnalité, du moins sous cet angle. Il affiche d'ailleurs le plus souvent un désintérêt total, voire un certain mépris pour la question. De l'inhibition comme caractéristique déterminante du comportement: La rétraction simultanée des trois étages du visage LE « CAS» SATURNE De même que Jupiter réalisait un équilibre de dilatation, Saturne offre une rétraction uniforme des trois étages, qui enferme le visage dans un rectangle étroit. De façon symétrique, nous pourrons alors affirmer que Saturne enferme aussi sa personnalité dans le cadre étroit et mesuré d'une inhibition générale de toutes les facettes de sa vie psychique: inhibition cérébrale, affective et instinctuelle. Nous avons longuement décrit son inhibition affective et les cercles vicieux qu'elle provoquait sur le plan relationnel: le dilemme de l'isolement, opposé à la recherche de situations opportunes, conformes à ses aspirations. Lever cette inhibition libère aussi des comportements excessifs et mal maîtrisés (pour avoir été trop longtemps « contrôlés», refrénés plus ou moins consciemment): élans de liesse ou colère « blanche», et autres réactions à contretemps. La retenue ne concerne pas seulement le sentiment, elle atteint aussi l'action. Ici, c'est le conflit cérébral qui opère. La réflexion, qui vire à la rumination mentale, freine la décision. Le monde extérieur, objectif, et le monde intérieur, subjectif, s'affrontent manifestement, l'inhibition instinctuelle ajoutant ses difficultés propres de normativité morale, « éducatrice». L'inhibition généralisée est à la fois paralysante, sclérosante, réductrice, et le mot d'inhibition est lourd de nuances péjoratives, mais aussi féconde, riche de ressources, cachées et mal exploitées bien sûr, de profondeur et de persévérance dans le domaine intellectuel, de sensibilité et de raffinement dans les domaines relationnel et instinctif. Saturne est tout sauf un impulsif, un affectif ou un cérébral, mais il l'est, comme Jupiter, tout cela à la fois. À la façon d'un introverti, dont le doute fait à la fois la faiblesse et la richesse, le fondement même de ce que l'on a nommé le comportement « policé» de la civilisation. On comprend mieux, à propos de Saturne, l'une des facettes de la « difficulté d'adaptation» évoquée à propos de la rétraction générale du cadre du visage. SE DÉCOUVRIR / SE CONNAÎTRE Propriétés du caracatère, composantes de la personnalité Émotivité et non-Émotivité • Activité et non-Activité Retentissement Primaire et Secondaire Extraversion et Introversion • Synthèse
Les planches

la région du rationnel / la région de l'irrationnel

aire cérébrale; aire affective; aire instinctive

Deux Rétractés: le Cérébral (Mercure) et l'Affectif (Mars)

Équilibre: un Rétracté (Saturne) et un Dilaté (Jupiter)

Deux Dilatés: l'Affectif (Vénus) et l'Impulsif (terre)

Un mélange de Cérébralité et d'atonie

Affectivité et empathie; le personnage évolue sur le double registre de l'agressivité et de la sympathie.

L'instinct, aux connotations à la fois péjoratives et admiratives

L'équilibre dilaté; son tempérament de sanguin tient à la prédominance passagère, tour à tour, de l'une ou l'autre de ces tendances, amplifiée par sa Sthénie.

Inhibition cérébrale et comportement dit « nature», « spontané», « primesautier» ou « irréfléchi»

L'inhibition cérébrale telle qu'on l'observe chez un Dilaté

L'inhibition cérébrale telle qu'elle apparaît chez un Rétracté

Rétraction et refoulement affectif

L'inhibition affective observée chez une Dilatée

L'inhibition affective observée chez un Rétracté

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