Le dictionnaire des visages
Les visages de l'apathie
« Apathie» signifie, du point de vue étymologique: sans passion. Cet état où, privés de sensibilité et de « tonus», nous nous sentons « déprimés», d'humeur maussade, découragés avant l'action, nous le connaissons et le vivons tous par instants, certains plus que d'autres, ou plus longtemps. La période qui précède le sommeil et la perte de conscience peut, par exemple, préfigurer un semblant d'apathie. Pour le psychologue, l'Apathique est un type de caractère à partir du moment où il représente la tendance dominante ou permanente d'une personnalité. Il est non Émotif et non Actif, bien entendu, mais Secondaire, contrairement à l'Amorphe. L'Apathique est un Introverti Instinctif. En ce sens, il ne ressemble véritablement à aucun des modèles de la classification astrale, mais emprunte à chacun tel ou tel de ses traits distinctifs, ce qui est le cas général de cette classification. Il était donc nécessaire d'en dresser le portrait, de manière à le reconnaître et, plus encore, à reconnaître les compensations qu'il réalise avec ses huit partenaires. De l'Introverti, il tient le cadre étroit du visage, rétracté. De l'Instinctif, il tient l'allure de l'étage inférieur qui est en dilatation relative. Cet étage est reconnaissable, par sa singulière Asthénie, aux bajoues précocement flasques, à l'angle mandibulaire mou et arrondi, tendant à l'effacement, aux commissures des lèvres singulièrement affaissées, les lèvres elles-mêmes étant « gourmandes» et molles, formant un dessin en accent circonflexe très arrondi. Le menton, mou, est fait d'une chair peu « rénitente». La lèvre supérieure a tendance, le plus souvent, à « rentrer». La chair de l'étage médian, qui trahit sa vie affective, n'est guère plus ferme, la flaccidité des pommettes n'ayant d'égale que celle des narines, épaisses et inertes, servant de base alanguie à un nez volumineux, lourd, légèrement busqué et pointant du bout. Toutes les lignes de cet étage sont sinueuses et tombantes, le tissu adipeux, sous la peau, prenant l'avantage sur le tissu musculaire. L'oreille est grande, comme l'appendice nasal. L'étage supérieur trahit la Secondarité prononcée du personnage, ainsi que l'étroitesse de ses préoccupations: le front est fortement différencié, tôt ridé, et les tempes, très marquées, rétrécissent sensiblement la surface fron- tale. Les yeux tombants, aux paupières lourdes, sont enfoncés dans l'orbite et coiffés de sourcils épais et arqués. Les bosses sourcilières, au-dessus, sont apparentes, hautes, et d'un relief mou. Les cheveux, abondants, ont peu de vitalité, de couleur châtain à blondasse. Le regard, peu mobile, confère une mimique figée, inexpressive. L'atonie et l'absence de sensibilité dominent donc. L'Apathique n'est pas, comme l'Amorphe, ouvert au monde extérieur — quand bien même est totalement passive cette ouverture — mais refermé sur l'Ego. Un Moi centré sur le monde matériel, sur la satisfaction instinctuelle, et sur des attentes permanentes de possession des choses. Il n'a pas la vigueur nécessaire pour marquer réellement de son emprise l'environnement immédiat, mais représente une « tension passive», inerte, qui ne se fait pas aisément oublier. Tout comme chez l'Amorphe, mais plus encore, c'est la force de l'habitude qui est le moteur de l'activité. Mais des habitudes structurées, ancrées dans une organisation exemplaire du temps et de l'espace. L'Apathique ne se satisfait pas de courts instants de bonheur, volés au hasard, au fil des événements. Sa motivation est dans la durée, dans la prolongation temporelle des situations, celles, bien entendu, qui ne sollicitent pas d'efforts musculaires, celles qui ne provoquent pas de tensions, celles où l'on peut pérenniser l'état de douce indolence, favorable à l'expression de soi et aux satisfactions égocentriques. On doit à l'honnêteté de reconnaître qu'à l'inverse il fait preuve d'un certain stoïcisme à respecter scrupuleusement les principes rigides qu'il a édictés et qui lui tiennent lieu, une fois pour toutes, de modèles de moralité. Si l'Apathique emprunte à Saturne son Introversion et ses inhibitions, s'il emprunte à Terre son matérialisme et son opiniâtreté, et s'il emprunte à Lune son atonie — soit, pour l'essentiel, la rétraction, la dilatation relative à l'étage instinctif et la flaccidité des chairs —, il s'oppose à eux sur bien des points. Par contre, les compensations partielles avec ces types seront forcément peu toniques, ce qui est, d'ailleurs, le cas général de toutes les compensations d'Apathie. Le cas de Lune Apathique, représenté ici, par un personnage féminin — sans que le sexe ait une quelconque signification du point de vue considéré — mérite qu'on ouvre une parenthèse. Le type Apathique ainsi que le type Amorphe préfigurent l'évolution morphologique de la vieillesse par l'atténuation de la sensibilité et de la Sthénie. On peut ainsi retenir l'idée d'une double tendance de la faiblesse générale des ressources somatiques et psychiques qui marque le grand âge et de cette « tranquillité de l'âme», apanage des « sages» qui ont pleinement vécu leur maturité: une tendance Extravertie et Primaire, qui pourrait être la « filière» Vénus-Lune, et une tendance Introvertie et Secondaire, Saturne Apathique, qui conduirait, dans les cas extrêmes, à la prostration, avec le retrait prononcé, en arrière, des yeux et des lèvres, et un profil caractérisé par un front proéminent et un menton prognathe. Le type Lune Apathique serait alors un type mixte de cette double tendance. La vraisemblance la plus élémentaire voudrait alors que, lorsque l'on fait le portrait psychologique d'un vieillard, on prenne en compte ces variations morphologiques dans l'appréciation des traits du visage, ne serait-ce que pour ne pas diagnostiquer systématiquement la non-Émotivité et la non-Activité, sans autres nuances. La même remarque vaut d'ailleurs pour les enfants, nés de l'Amorphie la plus totale et traversant presque immanquablement un âge Vénus avant que ne se dessinent progressivement les tendances réelles de leur personnalité et de leur morphologie. Pour tout dire, le même souci de vraisemblance nous fait diagnostiquer, par exemple, une morphologie typiquement Jupiter chez un sujet féminin sensiblement plus Émotif et moins vigoureux que son homonyme masculin. Ne prend-on pas la précaution de séparer les deux sexes dans les épreuves sportives d'endurance, dès l'âge scolaire, et jusque dans les compétitions olympiques? Ce n'est qu'affaire de justice et d'objectivité pour l'évaluation correcte des performances ou pour la répartition équitable des titres de champions, sans autres considérations de prétendue supériorité ou de mauvaise querelle de « nantis». Mais revenons aux compensations de l'Apathique. Compensation partielle Parfaitement déterminé dans la non-action: le type TERRE APATHIQUE ou l'inertie et la vacuité d'un matérialisme « sommaire» Il est difficile d'imaginer personnage plus obstinément impassible que Terre Apathique. C'est la matrone du « Grand Café» qui, derrière sa caisse, compte les points. C'est la sérénité abyssale, poussée au rang des vertus fondamentales, du juge parfaitement objectif et impartial. Il suffit d'associer l'Asthénie de l'Apathique à la Sthénie du Flegmatique, l'Introversion du premier à l'Extraversion du second, « toutes choses égales d'ailleurs», pour obtenir ce modèle d'indifférence et de stabilité. Nul doute n'est possible, c'est un individu de cette famille qui a découvert la « force de l'inertie» comme un prodigieux et original moyen d'action. Ici, la pesanteur est utilisée, plutôt que l'action, pour réduire le milieu à sa volonté. Car si la résignation remplace la lutte chez Terre Apathique, si l'habitude remplace l'initiative, le repli sur soi, l'égocentrisme s'accentuent considérablement dans ce regroupement, laissant la volonté du sujet plus forte que jamais! La Secondarité et le manque de sensibilité deviennent des « alibis» plus ou moins exprimés pour la non-action, pour la « fixation» des situations; mais la détermination, la froide ostentation ne s'affaiblissent en aucune manière pour autant. Terre Apathique est l'homme providentiel pour les arbitrages périlleux, voire désespérés. Compensation partielle Quand l'inhibition se mue en insensibilité: le type SATURNE APATHIQUE ou le repliement total sur un univers purement subjectif et stérile L'Introversion de Saturne le prédispose à la misanthropie. La compensation de non-Émotivité, par l'Apathique, l'y plonge et l'y enferme. De ce point de vue, cette compensation n'est « qu'un cataplasme sur une jambe de bois». Le penseur réfléchi et introspectif devient, par contamination de l'Apathique, un analyste froid, critique, moqueur, d'expression cinglante ou acerbe, mais abstraite et « indirecte». Il n'affrontera pas réellement l'objet de sa critique, pas plus que sa victime, mais se satisfera d'une attitude vipérine, « tirant dans son dos» non sans lâcheté. Il est, aux antipodes de la suggestibilité de Vénus, individualiste et contestataire. Il met un point d'honneur à démythifier toutes les valeurs conventionnelles. Toute effusion sentimentale est tournée en dérision, toute générosité est suspectée de grossier calcul. Quand la Secondarité se double d'Asthénie et que la sensibilité du sujet n'est que peu ravivée par l'Émotivité, il n'est pas surprenant de le voir confondu dans l'attentisme, et, passéiste, succomber sous le « poids de l'histoire», c'est-à-dire de ces vains apprentissages de la vie relationnelle et active qui n'ont réussi qu'à le conforter dans sa circonspection et son pessimisme naturels. Le « sens de l'équité» et de la « mesure» de Saturne Apathique n'est plus qu'un prétexte à l'immobilisme, aussi bien le sien propre que celui de ses proches, que l'on exhorte à la non-Action, auxquels on reproche amèrement les échecs, dont on souhaiterait qu'une réglementation sévère contrôle la conduite ou interdise toute velléité d'entreprise. Aussi, bien que l'Apathique ne soit pas exempt du besoin d'appropriation, et même qu'il soit assez souvent « cupide», ses ambitions ne sont-elles que purs fantasmes et ses projets pure affabulation. Sa « résistance au changement» fait le reste: routinier, « pinailleur», implacablement méthodique et viscéralement « organisé», la poursuite de ses pauvres ambitions ne tient que de la chimère, et son discours des plus obscures ratiocinations. Compensation croisée Quand le feu s'éteint: le type SOLEIL APATHIQUE de l'ardeur intense à l'indolente « léthargie de l'âme» Le cinéma anglo-saxon, et notamment d'outre-Atlantique, a largement popularisé le type Soleil Apathique, de même qu'il a beaucoup valorisé le type Soleil-Terre Apathique. Il faut dire que l'effet dramatique de ces personnalités est d'une étonnante richesse psychologique pour le spectateur, alternant les instants d'ardeur passionnée et de cruelle indifférence, tantôt rivés littéralement à leurs intérêts matériels et tantôt emportés par une implacable honnêteté intellectuelle vers des sommets de générosité et de toutes sortes de valeurs morales, mises en exergue par l'effet de surprise. Dans la réalité quotidienne (et malheureusement plus banale) Soleil-Apathique est moins romanesque: une sensibilité étouffée et une activité défaillante mettent souvent en défaut ses ressources mentales créatrices. Froid et calculateur, il excelle cependant dans des missions de négociations, où sa sérénité, son impartialité et sa Secondarité s'avèrent être d'énormes qualités. Compensation croisée Quand l'apathie coupe totalement le Cérébral de son environnement: le type MERCURE APATHIQUE ou le splendide isolement La compensation Apathique de Secondarité et de non-Émotivité est souvent le résultat d'un échec patent de Mercure dans le domaine des réalisations. Elle sanctionne de manière définitive le comportement distant du Nerveux Introverti. Le cas est peu fréquent, et souvent justifié par des circonstances d'ordre matériel, objectives, la pauvreté par exemple, le dénuement, de même qu'à l'inverse, richesse et opulence favorisent grandement les compensations de type Jupiter. La vie sentimentale de la famille Mercure, le Nerveux, est riche de variété selon les compensations inconscientes qu'il réalise: l'amour-passion, pour Mercure-Jupiter ou Mercure-Soleil, ne sera plus qu'amour-tendresse pour Mercure-Vénus, amour-sensation et amour-routine pour Mercure-Lune, et que pauvre amour-raison pour Mercure Apathique ou amour-projection (narcissique) pour Mercure-Saturne. Compensation croisée Quand règnent en maîtresses l'inertie et la passivité: le type VÉNUS APATHIQUE de l'agitation fébrile au détachement total L'adolescent représenté effectue une double compensation, de non-Émotivité et de Secondarité. Bientôt, si la tendance Apathique se confirme, il compensera encore son Extraversion originelle par un repliement sur soi-même, par l'Introversion qui amenuisera son visage. La personnalité d'un Nerveux Surplastique se défait littéralement sous l'influence du tempérament Apathique. Les ardeurs, fugaces certes mais combien enveloppantes, de Vénus retombent et s'éteignent. Sa sociabilité s'étiole, il devient insensible, égoïste, centré sur le néant qui envahit sa conscience. Du reste, la recherche de satisfactions instinctuelles ou sensuelles « occupe» littéralement le champ de conscience de Vénus Apathique, un champ qui se rétrécit considérablement. La relation avec l'entourage est à présent froide, fausse, chargée d'arrière-pensées. On voit l'ampleur de la métamorphose que réalise cette compensation. Ce que l'on pardonnerait volontiers à Vénus, sa « faiblesse» face aux situations tendues, sa « lâcheté» dans les conflits — qui n'étaient qu'Émotivité et Primarité —, en somme sa trop grande souplesse dans les relations difficiles, sa conciliation parfois excessive, sont devenues simple indifférence, entretenue par la Secondarité et l'absence de troubles émotionnels. Vénus Apathique va s'encroûter progressivement dans la routine, dans les réglementations et les procédures, dans les consignes, dans l'organisation placide et méthodique du grand vide qu'est sa nouvelle vie sentimentale. Dans le meilleur des cas son indifférence passera pour tolérance, et sa nonchalance pour une vague et bienveillante tendresse. Morphologiquement, le visage se « ferme»: le regard s'éteint, le nez s'amollit et pointe vers le bas, les commissures des lèvres retombent mollement en une ligne arquée, pareille à celle que dessinent les sourcils, et le tissu graisseux sous-cutané s'avachit, notamment sous la mandibule, en bajoues disgracieuses et sous les pommettes en fossettes permanentes et profondes.
Les planches

Non Émotivité, non Activité, Secondarité, telles sont les propriétés du caractère Apathique, qui se traduit par une conduite indifférente et aboulique, et par des attitudes égocentriques.

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Extravertie, Cérébrale et Instinctive, ici Secondaire.

Le repliement sur soi. La rétraction des récepteurs sensoriels est d'autant plus marquante que les os crâniens et mandibulaires sont peu rétractiles. D'où le front proéminent et le menton prognathe.

Quand l'observation remplace l'action.

La sensibilité éteinte, les centres d'intérêt racornis, la pensée ergoteuse freinent toute réalisation positive.

Quand la passion devient concupiscence.

L'idéalisme stérile d'un « pur esprit» détaché des contingences relationnelles.

L'effet d'Extraversion Passive: de la conciliation à l'indifférence.

Le tempérament du Sanguin se désagrège sous l'effet de la non-Activité et de la Secondarité. Le comportement jovial et primesautier n'est plus. Il cède souvent la place à une verve cinglante.

La « force de l'inertie».

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