Le dictionnaire des visages
Lune — la famille des amorphes
PRÉSENTATION DE L'AMORPHE Lune est non Émotif, non Actif et Primaire: un Amorphe. Un être dont les ressources vitales, faibles, s'économisent. Non-Émotivité et non-Activité se traduisent par l'atonie du visage et par des attitudes corporelles et psychologiques tendant vers l'indolence et l'indifférence. Ici, l'atonie a une double signification: le manque de tonus musculaire et nerveux, et le manque de « tonalité» de l'expression, sans nuances. Le masque s'immobilise dans les lignes molles et tombantes qui encadrent le visage ainsi que dans l'absence de témoignage de sentiments tant soit peu profonds ou chaleureux. Psychasthénie, parce que l'imagination ne s'accroche pas à des réalités tangibles et positives mais vogue au gré des associations d'idées hasardeuses; neurasthénie et dépression, parce que le sentiment d'impuissance que ressent l'Amorphe est une donnée constante de sa vie émotionnelle et active. Reste donc que le comportement de l'Amorphe se manifestera dans la vie courante au gré des événements — ce qu'il doit à sa Primarité — et au gré des habitudes — ce qu'il doit à sa passivité et à son atonie. Reste aussi que son Extraversion foncière — hyperdilatation — en fera un être de caractère égal et joyeux, ce qu'on appelle un « bon caractère», ouvert, facile, spontané, les accès de dépression trouvant leur résolution heureuse dans le sommeil. On comprendra que la plupart des compensations qu'il recherchera inconsciemment tendront à l'enrichissement de sa personnalité et à la dynamisation de sa conduite, à une plus grande implication de soi dans les péripéties relationnelles. L'apport d'Émotivité, par le Nerveux Vénus, le verra plus chaleureux, plus « maternant». Mais cet apport est assez peu stable, tout comme celui de l'autre Nerveux, Mercure, qui compense en Introversion et en réserve. Par contre l'apport d'Activité de Jupiter sera plus riche de réalisations et d'équilibre. L'Amorphe parasanguin qu'est Lune-Jupiter s'affirmera plus volontiers dans ses manifestations sociales et professionnelles, bien qu'il soit encore très superficiel et velléitaire dans son approche des situations. Quant à l'apport de simple Secondarité, il ne présage rien de bien positif, figeant les attitudes dans l'Apathie et dans l'égocentrisme. Les compensations plus profondes tendront à déstabiliser, quant à elles, l'état de grâce dans lequel se complaît le type Lune. Avec Terre, les orientations contradictoires du matérialisme et de l'imaginaire, du flegme maîtrisé et de l'atonie originelle, trouveront d'heureux dénouements dans une activité mesurée mais continue. Lune-Terre est fin humoriste et fin gourmet, en quête de séductions faciles et de relations de douce quiétude et de détente. Avec Mars, la compensation est plus explosive. Les colères de l'Amorphe Paracolérique Lune-Mars manquent de souffle, mais pas de vigueur. L'agressivité qu'apportent Émotivité et Sthénie constitue pour lui un moyen de défense qui lui est bien nécessaire, mais complique du même coup sa végétativité paisible. Le comportement décousu qui en résulte ne va pas sans surprendre son entourage, de même que ses inventions « géniales» et ses reparties enjouées. Avec Saturne, le cadre de référence de l'Introverti, subjectif et rigide, fera de Lune un curieux mélange de moraliste-débonnaire, prônant l'indifférence et l'opportunisme au rang des préceptes supérieurs de la vie sociale. Le cynisme de Lune-Saturne, la force de son inertie sont spectaculaires. L'inconciliable est bien Soleil, le Passionné. Mais quand la compensation Lune-Soleil se réalise, elle façonne un inventeur d'une intarissable fécondité et d'une extraordinaire souplesse. Compensation partielle Plus de finesse et de sensibilité: le type LUNE-MERCURE une cérébralité plus exigeante pour plus d'évasion La passion intellectuelle de Mercure, cette soif de connaître et de comprendre, d'appréhender l'Univers — extérieur et intérieur — dans sa plénitude et sa totalité, cette rigueur de l'esprit, doublée de rigueur morale et d'inhibition instinctuelle, et sur lesquelles se greffent un style relationnel distant et une grande mobilité des sentiments, en bref, tout ce qui fait l'Introversion spécifique du Nerveux Hautain va gagner le tempérament de Lune dans cette compensation Lune-Mercure. Il va sans dire que cette quasi-agitation n'est pas à proprement parler facteur d'équilibre. Lune-Mercure connaîtra les vicissitudes de l'expérience de ces sujets très Primaires dont la précarité des impressions et la multiplicité des sollicitations de leur environnement les portent à une conduite d'une singulière inconstance. Compensation partielle Les minauderies romanesques du type LUNE-VÉNUS un matérialisme à la fois protecteur et puéril On ne saurait imaginer comportement plus rond et permissif que celui de cette « Mère Adoratrice» qu'est Lune-Vénus. On ne peut imaginer plus attentif et facile à vivre que cet affectueux « Papa-Gâteau». La tendresse est exemplaire, aux confins de l'emphatique et du mièvre. Une « Mamma» gironde qui distribue à profusion cajoleries mielleuses et gâteries sucrées. La nourriture tient une place essentielle dans sa conduite: elle ponctue le moindre de ses élans affectifs, tout de générosité. Des élans proprement intarissables, noyés dans l'étourdissante faconde, dont le débit inépuisable n'a d'égale que l'absence du support concret sur lequel devrait s'appuyer le discours raisonnable. Dans ce comportement, Lune-Vénus est la bonhomie et l'humanité personnifiées: jamais la moindre arrière-pensée dans ses taquineries espiègles, pas une once de malignité ou de dureté chez cet être complaisant — ce qui est une forme « dégradée» de l'esprit de conciliation de Vénus —, peut-être est-il tout juste quelque peu possessif, et la dépendance dont sont victimes les bénéficiaires de ses bons soins est-elle, à l'occasion, bien pesante. Par l'abondance du tissu graisseux et par la similitude des indices caractériels, la confusion avec le type Vénus-Lune est inévitable, autant, d'ailleurs, sur le plan visuel que sur le plan psychologique. L'un et l'autre des exemples très représentatifs du type « Viscérotonique» de la classification de Sheldon. Compensation partielle Les exigences du personnage social ou public: le type LUNE-JUPITER ou l'orateur doucereux et cajolant La turbulence de cet « enfant remuant» qu'est Lune-Jupiter, son expansivité exagérée et désordonnée, à première vue artificielle, son entourage immédiat les lui pardonne bien volontiers. Sa gaieté spontanée, voire son hilarité explosive, un sens très vif de la repartie guillerette, qui sont des traits attachants et émouvants de sa personnalité, font de lui un être exceptionnellement doué pour la relation interpersonnelle. Ici, c'est le règne du charme, de la bonhomie, de la fantaisie, ou de la franche jovialité. Une cordialité qui ne saurait laisser de place à la moindre méchanceté, si ce n'est envers des « inférieurs» malveillants. Une cordialité qui ne laisse pas non plus grand-place au réalisme ou à l'action. Le personnage Lune-Jupiter est à l'intersection de l'Extraverti passif et du Sanguin exubérant, avide de jeu et de pouvoir. La Sthénie que lui confère la compensation de l'Actif n'est pas suffisante pour faire d'un végétatif un véritable entraîneur d'hommes. Il reste foncièrement le spectateur amusé qui participe peu de la productivité d'un groupe. Si la relation intime le tient suffisamment à l'abri, celle qu'il devrait entretenir, le cas échéant, avec une foule, met à rude épreuve sa timidité. Il y perd ses moyens. Primaire, il improvise, mais son débit lent, son embarras devant la moindre objection, son sentiment diffus d'insécurité lassent vite son auditoire, découragé par le discours soporifique et dispersé fait tantôt de propositions doucereuses, et tantôt de flatteries caressantes ou mielleuses. L'insertion professionnelle d'un Lune-Jupiter est toujours bien hasardeuse en ce qu'elle réserve, de ce point de vue, de belles surprises. Trop expansif, trop bavard et trop intimidé à la fois, mais pas assez opiniâtre, pas assez vigoureux, la réussite d'un tel être s'avère aléatoire. Compensation croisée, dynamisante Glouton et fantaisiste: le type LUNE-TERRE ou le contraste vivant entre l'affabulation et le réalisme Lune-Terre est une manière de monument érigé à la gloire des plus riches « nourritures terrestres». Mais alliant les appétits du fin gourmet et du plus impénitent des gourmands, il témoigne de la même intempérance et de la même volupté à satisfaire une voracité purement organique aussi bien qu'une débauche fantasmatique. « Les pieds sur terre et la tête dans les nuages.» La compensation est complexe, et riche de rebondissements. Si Terre apporte, par sa Sthénie, par sa Secondarité, par son flair matérialiste, et par son bon sens, un certain don pour les « affaires», par contre Terre-Lune est l'exemple inattendu d'un « affairiste» doublé d'un « songe-creux», tantôt implacable et tantôt étrangement naïf, capable de jouer aux dés le fruit d'années de labeur et de patiente accumulation. Un « quitte ou double» indigne du Flegmatique, toujours maître de lui-même, mais que l'Amorphe imaginatif ne renie pas: il recommencerait sans remords si l'occasion se présentait. En somme, si Terre suggère des aspirations et des préoccupations purement matérialistes, Lune-Terre mettra toute l'« ardeur» de son imagination féconde, fertile de ressources et de détours, à saper l'édifice à la base, au fur et à mesure de sa construction. Terre met de la rudesse dans le comportement, qui devient parfois expéditif, voire brutal, de même qu'il met de l'ordre dans la « dispersion» mentale; il ferme le champ des centres d'intérêt, le focalise sur le réel tangible. Mais l'imaginaire conserve ses droits. Puisant son inspiration dans les réalités les plus bassement matérielles — et parfois les plus sordides — de la vie quotidienne, Lune-Terre pratique un humour « noir» simplement irrésistible. Les humoristes de ce type sont légion, et surprenants d'efficacité pour subjuguer un public. Sur le plan relationnel, derrière le vernis d'impassibilité et de ferme résolution du Flegmatique, on devinera aisément la malléabilité « bonne pâte» du végétatif bienheureux, l'être souple, tendre, affectueux et effacé, dont la curiosité est comme gommée par la compensation matérialiste, mais dont l'esprit vivace et enjoué est bien présent. Dans un rôle professionnel, Lune-Terre n'aura que peu d'emprise sur ses partenaires, et peu d'autorité si un pouvoir formel précis ne lui est pas conféré par l'organisation. Il est, au fond, de ceux à qui une activité indépendante conviendrait mieux si, toutefois, ils parvenaient à recentrer leur attention de manière suffisamment soutenue. Compensation croisée, dynamisante Où l'agressivité se révèle comme ressource vitale élémentaire: le type LUNE-MARS mais aussi comme tension conflictuelle des tendances de la personnalité La compensation Mars refond, au vrai sens du terme, la structure du caractère de l'Amorphe. Positivement, la Sthénie et l'Émotivité « animent» ou « réactivent» l'inconsistance Primaire de Lune. L'agressivité joue d'ailleurs un rôle vital dans le développement de l'enfant et de l'adolescent — dès le « stade anal», où l'être commence à prendre conscience et à dominer sa motricité (motilité et tonus musculaire) —, puis de l'adulte. Débarrassée des connotations péjoratives que lui prête le sens commun, et qui ne sont que des conséquences fortuites et passagères, volonté de nuire, ou de faire souffrir, l'agressivité semble être un maillon indispensable du processus psychologique qui fait d'un être un « individu», une entité autonome et volontaire, qui se différencie des autres et du milieu. A ce titre, il semblerait que, pour Lune, le développement de l'agressivité soit insuffisant. Tout se passe, en simplifiant à l'excès, comme si la phase symbiotique et orale se prolongeait exagérément, évitant au sujet de dire « non» et d'imposer sa propre personnalité au milieu. La compensation Mars se présente donc, de ce point de vue, comme parfaitement salutaire. Mais là ne s'arrête pas la métamorphose. Elle s'accompagne d'Introversion, qui rompt le lien étroit qu'entretient Lune avec le monde environnant; d'Affectivité, qui accentue encore l'irrationalité du rêveur en passionnant ses réactions; d'une atténuation de l'ima- gination et de la mémoire, doublée d'une spécialisation de la curiosité — rétrécissement des centres d'intérêt — et d'une orientation de l'intelligence vers le concret; enfin d'une accentuation du besoin de possession, d'appropriation de biens matériels. En somme, cette série de compensations sonne le glas de la poésie et de la simplicité de Lune. C'en est fini de l'inconscience bienheureuse, c'en est fini des attitudes paisibles de l'éternel spectateur. Reste que Lune-Mars est un combattant, mais un lutteur pesant, poussif. La lassitude de l'Amorphe vient vite réduire à néant les velléités d'action dès qu'une tension relationnelle, par exemple, s'oppose tant soit peu à la réalisation. Il faut dire, à l'inverse, que si, dans un conflit, Lune-Mars cède en apparence aux décisions collectives, il ne s'agit que de redoutables « replis stratégiques»: il reviendra, par la suite, sur ses positions initiales, à la surprise générale, décontenançant ainsi ses adversaires. C'est ainsi qu'à l'occasion on observe un Lune-Mars qui parvient à assujettir, à subjuguer un groupe, et pour longtemps, par la simple « force de l'inertie». Cet « effet d'édredon», que l'on attribuerait à tort à une séquelle de Secondarité — totalement absente dans la personnalité de notre homme — n'est que le résultat paradoxal du peu de souffle dont il est capable. La mollesse et la passivité sont momentanément réactualisées par le fond du tempérament dès que l'agressivité insufflée par Mars se révèle insuffisante de vigueur et de ténacité. Compensation croisée, inhibante Le résultat d'apprentissages pénalisants: le type LUNE-SATURNE où l'« instinct de conservation» joue son rôle en milieu hostile Les apprentissages relationnels peuvent prendre l'allure de véritables répressions des caractéristiques innées d'une personnalité. Il en est ainsi de l'histoire personnelle de certains individus qui peut se présenter sous forme d'une succession d'événements vécus comme autant de pseudo-échecs, ou, tout au moins, de déceptions. Il en résulte une sensibilité à fleur de peau, une accentuation des effets Secondaires du Retentissement des impressions, ainsi qu'une tendance bien naturelle au repli sur soi-même, simple réflexe de protection contre les injures ou les meurtrissures du milieu. Ainsi s'imprime sur le visage de Lune la compensation éventuelle de Saturne. Si l'imagination reste très vive, comme un recours ou un abri ultime, conservant l'ogive du front, tout le reste du visage se burine et opère un retrait qui creuse les joues sous les pommettes, décharne la mandibule et rétracte narines et lèvres. Ces différentes dépressions, très discrètes chez le sujet représenté, sont plus ou moins importantes, de même que la différenciation du front, selon l'ampleur ou l'orientation de la compensation psychologique (inconsciente) effectuée. Ce bouleversement des valeurs, l'Introversion, la retenue, la fragilité émotionnelle, la répression affective et sensorielle, le comportement de Lune-Saturne en témoigne à tous les instants. On peut l'imaginer romancier, par exemple, construisant l'affabulation de ses œuvres comme un tissu ténu et inextricable de relations conflictuelles, impliquant des personnages complexes et timorés, et relatant avec sensibilité leur vie intime. Ainsi se projetterait-il lui-même dans son écriture, tentant de résoudre ses propres tensions et contradictions...
Les planches

Non Émotif, non Actif, Primaire: le caractère Amorphe. Des huit types astraux, Lune est celui qui conserve le plus longtemps sa juvénilité. Il serait plus exact de parler, parfois, d'infantilisme.

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La Cérébralité domine chez ce sujet, dans une version d'intelligence abstraite et « ouverte». L'expression enjouée d'un être qui « glisse» sur les difficultés de la vie courante.

C'est l'Extraversion qui domine ici, placide, indifférente. Un tempérament ambivalent, soumis à des tendances cérébrales et instinctuelles alternatives.

Une Extraversion très passive et réceptrice. Le spiritualisme de Mercure se dissout dans les délices du farniente: une indolence sans regrets.

Oscillant entre le détachement et l'opportunisme, ce sera toujours « l'occasion qui fera le larron».

Où les préoccupations de court terme tentent de mettre de l'ordre dans l'imagination vagabonde.

Un Amorphe-Flegmatique qui a appris à s'opposer aux conjonctures et aux contingences gênantes ou pénibles.

L'Émotivité et la Sthénie l'emportent sur le laisser-faire: un autre Colérique Extraverti.

Ici, seule l'Émotivité domine. Il en résulte un Nerveux (E. nA. P.) irascible et lunatique.

Un Cérébral Primaire tendant vers l'équilibre Introverti Asthénique: la compensation du Sentimental rompt le charme et l'insouciance de la végétativité du personnage.

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